Abidjan : La DST ou la « Gestapo » du régime Ouattara : Des ivoiriens quotidiennement torturés dans l’indifférence de la communauté internationale

Publié le par thruthway

 

Abidjan : La DST ou la « Gestapo » du régime Ouattara : Des ivoiriens quotidiennement torturés dans l’indifférence de la communauté internationale

 

jeunes-pro-gbagbo-exécutés.2

 

La Gestapo, acronyme tiré de l’allemand Geheime Staatspolizei signifiant Police secrète d'État, était la police politique du Troisième Reich sous Hilter. Chargée de lutter contre les opposants internes ou externes, réels ou supposés, puis contre les adversaires du régime nazi ou les résistants dans les pays occupés, elle fut synonyme de terreur et d'arbitraire en Allemagne, puis dans une grande partie de l'Europe.  C’est malheureusement ce à quoi on assiste avec la DST (Direction de surveillance du territoire) à Abidjan avec le régime Ouattara. A cette heure où nous mettons sous presse cet article des ivoiriens (Etudiants, avocats, journalistes) sont détenus depuis le 18 février 2012, sans avoir le droit d’être assisté par un avocat… Leurs crimes : être des opposants internes réels ou supposés au régime Ouattara. Cet article que nous proposons à votre lecture vous situera sur le danger que court ce pays (la Côte d’ivoire) avec ce régime imposé par la France aux ivoiriens…

 

 

Lu pour vous dans le journal « L’Eléphant déchaîné » du 17/04/ 2012

 

Sans doute allons-nous, nous aussi, nous retrouver, dans les jours à venir, dans une cellule de la direction de la surveillance du territoire (DST). Puisque c’est désormais la structure compétente pour arrêter et interroger sans l’assistance du moindre avocat (vive le nouvel Etat de droit !), ces dangereux criminels de journalistes que nous sommes. Sans doute, va-t-on, comme c’est devenu le justificatif passe-partout, nous rappeler, après lecture de ce papier, toutes les misères que le régime Gbagbo à fait subir au peuple de Côte d’Ivoire. Soit ! Mais alors, à quoi sert-il, de combattre un régime pour venir répéter exactement certains actes condamnables qu’il posait ?

 

 Avec l’arrivée d’Alassane Ouattara à la tête du pays, l’on était en droit, au regard des conditions exceptionnelles dans lesquelles il est parvenu au pouvoir, au regard de la mobilisation exceptionnelle de la communauté internationale qui s’est impliquée comme jamais elle ne l’a fait ailleurs en Afrique, pour que la démocratie triomphe en Côte d’Ivoire, d’espérer que désormais, plus rien ne se ferait en Côte d’Ivoire, comme par le passé. Le chef de l’Etat lui-même ne manque jamais, chaque fois qu’il a l’occasion de s’exprimer publiquement, d’affirmer que la Côte d’Ivoire, avec son arrivée au pouvoir, est désormais un Etat de droit où les règles sont respectées.

 

Ses porte-voix et ses ministres dont notamment celui de l’Intérieur, ne manquent pas de prolonger chaque fois l’écho de cette belle proclamation, dans les médias étrangers ou nationaux. « La Côte d’Ivoire est devenue un Etat de droit. Fini le désordre et le nom respect des règles », entend-on souvent. Mais entre cette proclamation et la pratique sur le terrain, il y a comme un cours d’eau, grand comme la lagune ébrié. Et la manifestation achevée de ce divorce entre l’Etat de droit chanté à tue-tête et la réalité sur le terrain, est le fonctionnement actuel de la Direction de la surveillance du territoire (DST), dont les locaux sont devenus aujourd’hui une sorte de prison de « Guantanamo » où sont détenus des citoyens à qui les règles du droit positif ivoirien ne sont pas applicables.

 

Sous Gbagbo, n’y étaient conduites et interrogées que les personnes accusées d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Et pendant les dix ans que ce dernier a passé à la tête de la Côte d’Ivoire, jamais aucun journaliste ivoirien n’a été interpellé et gardé dans les locaux de la DST pendant des jours sans assistance juridique.

 

Placée directement aujourd’hui sous les ordres du Ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, la DST inquiète de plus en plus par son fonctionnement. Maintenant, pour un simple article de presse qui ne plaît pas au Ministre de l’Intérieur, ce sont ses agents qui débarquent en tenue civile dans la rédaction du journal pour interpeller le journaliste en question. Ce fut le cas d’abord du Directeur de Publication du journal pro-Ouattara, « Le Patriote », Charles Sanga. Lequel passera 24 heures dans les locaux de la DST avant d’être libéré.

 

.

(..) Depuis plus d’un mois, par le même procédé, le directeur général de «Cyclone», société éditrice du quotidien pro-Gbagbo, «Le Temps» est détenu dans le silence, à la DST. Aucun avocat n’a pu avoir accès à lui et nul ne sait officiellement ce qui lui est reproché. Il est détenu à la DST, c’est tout. Toutes les démarches menées par ses proches et autres pour le voir, se sont avérées vaines. C’est dire combien le crime qui lui est reproché est grave !

 

Sans doute plus grave que ce qui est reproché à Laurent Gbagbo puisque lui, a accès au quotidien à l’assistance de son avocat. Peut-être que dans les jours qui arrivent, l’on apprendra qu’il a été transféré à la Cpi. Ce serait logique, non ? Des Etudiants de la Fesci sont également détenus à la DST, dans le silence, depuis le 18 mars dernier pour certains, depuis le 18 février, pour les autres. Personne, au jour d’aujourd’hui, n’a pu avoir accès à eux et personne ne sait officiellement ce qui leur est reproché.

 

Le 31 mars 2012, ce fut le cas de l’avocat de Simone Gbagbo, d’être arrêté et conduit dans les locaux de la DST. Il y est encore. Aucun avocat n’a pu également avoir accès à lui. Malgré la protestation de certains de ses confrères devant les locaux de cette structure, sa situation demeure inchangée: pas d’avocat. Cette façon d’agir dans un pays gouverné par un homme qui s’appelle Alassane Ouattara, champion de l’Etat de droit et de la démocratie, est en soi une immense aberration.

 

La DST serait-elle devenue sous le président Ouattara, une zone de non droit où l’on peut détenir n’importe qui pendant des mois sans que personne, pas même un avocat n’ait accès à elle ? A quels principes de droit cela obéit-il ?

 

Des gens poursuivis pour crimes contre l’humanité ont accès à des avocats quand ils le veulent. Et en Côte d’Ivoire, cela n’est pas possible pour des gens soupçonnés d’avoir commis des infractions de droit commun ? Serait-ce par crainte que ces avocats des personnes détenues découvrent la vacuité des charges retenues contre elles que tout est mis en œuvre pour que les avocats n’aient pas accès à elles ? Serait-ce de peur que le monde entier découvre la vérité que les personnes sont détenues au secret ?

 

Selon « La Lettre du Continent » dans son édition du 12 avril 2012, « des diplomates, tel l’ambassadeur des Etats-Unis en Côte d’Ivoire Philip Carter III se montrent désormais préoccupés par le sort réservé aux individus mis au secret durant plusieurs semaines sans assistance juridique ». C’est vrai qu’en matière de détention sans assistance juridique, le régime de Gbagbo devient un nain à côté de celui de Ouattara. C’est peut-être cela aussi, un des aspects du changement et de l’Etat de droit.

 

Le jeudi 19 avril prochain, le ministre de l’Intérieur, sous les ordres de qui sévit la nouvelle DST, sera l’invité de « La Tribune du GEPCI » (Groupement des Editeurs de presse de Côte d’Ivoire ». Il interviendra sur le thème : « le défi de la sécurisation et les enjeux de la nouvelle politique de décentralisation ». Promis,juré, on comptera pour vous, le nombre de fois qu’il dira que la Côte d’Ivoire est devenu un Etat de droit !

 

Un Etat de droit dans lequel, demain peut-être, dans quelques jours, dans quelques mois, en tout cas dans un temps pas si lointain que cela à l’échelle humaine,chacun de nous fera sans doute son expérience de la nouvelle DST. On dit merci qui ?

 

ASSALE TIEMOKO.

Publié dans Droit de l'homme

Commenter cet article