Abidjan : Une jeune écolière enlevée par les Frci et son oncle brûlé vif…

Publié le par thruthway

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Tiahi Sopie Axelle Emilie, la vingtaine à peine, revient de loin. Enlevée à Andokoua où elle vit chez son grand-père, elle a recouvré la liberté après plusieurs heures passées entre les mains de ses ravisseurs. Alors que la jeune fille rentrait tranquillement de l’école à Adjamé aux environs de 19 h, le lundi 15 octobre, elle est abordée par des hommes en treillis circulant à bord d’un pick up double cabine.

 

Lorsque le véhicule de ces individus armés que Tiahi Sopie Axelle Emilie décrit comme des Frci arrive à son niveau, il s’arrête brusquement. Deux éléments en descendent lui bloquent aussitôt le chemin quand les deux autres restés à bord, observent la scène. Les visages totalement fermés. Celui qui semble être leur chef demande si elle peut les conduire jusqu’à son grand-père. La jeune fille comprend alors toute l’ampleur du danger qui guette la famille. Et pour cause. Son grand-père Yapi Yapi Marcel est le secrétaire général de la section du Front populaire ivoirien (Fpi) du quartier Andokoua de la commune de Yopougon.

 

Au lendemain de l’arrestation du président Laurent Gbagbo, le 12 avril 2011 à 11 h, son fils aîné, Yapi Casimir, la trentaine, connu dans le quartier comme un grand footballeur, a été enlevé au domicile familial puis assassiné avant d’être brûlé devant plusieurs témoins au quartier Sable à l’entrée de Yopougon par les forces armées pro-Ouattara. Tiahi Sopie Axelle Emilie qui sait donc le danger que court son grand-père, qui n’a pas encore fini de pleurer son fils, refuse alors d’obtempérer. Elle est poussée avec une rare violence à l’arrière du pick up qui démarre aussitôt en trombe. Ses cris sont vite étouffés par une main forte sur sa bouche. Puis un ruban noir est posé sur ses yeux. Les assaillants prennent avec elle une destination inconnue.

 

Après un rodéo qui dure plus de 3h, le véhicule s’arrête enfin. On lui ôte le bandeau des yeux. A la faveur de la pénombre, la jeune fille ne peut malheureusement dévisager ses agresseurs. Elle remarque toutefois qu’ils portent tous des bérets sombres et s’expriment dans un français approximatif. « On dit que ton grand- père là, il est toujours derrière Gbagbo. Il gagne quoi dans ça ? Mais c’est ta mère qui donne le blé dans tout ça au vié père. Nous, on sait ça. Mais t’as la chance aujourd’hui. Mais dis au vié père, on l’a pas oublié. Avec son affaire de Gbagbo là, dis-lui que nous, on a l’œil sir li. T’as compris dèh, petit sèr. Descends vite sinon tu vas monter mon rognon », lance un des individus qui lui remet aussi son sac d’école.

 

Il est plus de 22 h. Et Tiahi Sopie Axelle Emilie est très loin du domicile de grand-père Yapi Yapi Marcel. Elle a été descendue à quelques pas du complexe Jesse Jackson de Yopougon. A proximité du camp Frci, construit sur le site de la fête de la liberté, propriété du Fpi. Grâce à des âmes généreuses, elle regagne la maison familiale, peu après minuit. Au grand soulagement de son grand-père qui était inquiet.

 

Ainsi va la Côte d’Ivoire sous Ouattara, un pays que l’Internationale libéral, en congrès à Abidjan, qualifie de « démocratique ». Peut-être n’avons-nous pas tous la même définition de la démocratie et du respect des droits de l’homme ?

 

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

Publié dans Droit de l'homme

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