Alerte! Burkina Faso: La grogne gagne plusieurs villes!

Publié le par thruthway

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQvJhwYVc3CfU0sfNq_RPnU3dmN5-U3JIQmhNdtPlpfcftkn3L5AQA la suite du décès d’un élève, imputé par ses camarades et sa famille à la police, Koudougou a connu mardi et mercredi 48 heures de manifestations qui se sont soldées par des morts et plusieurs blessés. Hier la tension était retombée dans le chef-lieu de la région du Centre-Ouest (dont le gouvernorat a été incendié) tandis que la contagion semblait gagner d’autres localités du Burkina, dont Ouagadougou, Ouahigouya ou encore Poa, où un élève a été tué.

 

Deux élèves et un policier morts à Poa et à Kindi

 

Koudougou s’est réveillée hier jeudi dans une sorte de torpeur, provoquée, entre autres, par le décès de deux manifestants. Comme nous le disions dans notre édition d’hier, le bilan est très lourd. Si un calme précaire règne à Koudougou, la contestation a gagné les autres localités de la province, où des manifestations sont organisées par les scolaires. Des scolaires, touchés par balles réelles tirées par des policiers, sont morts à Poa et à Kindi.

On ne sait vraiment pas ce que les jours à venir nous réserveront, tant la tension est palpable. Les rencontres succèdent aux rencontres à la recherche de la formule magique pour éteindre l’incendie de la contestation scolaire. Les étudiants sont également dans une dynamique de concertation pour faire le point des dégâts dans leurs rangs. Ces dégâts, on s’en doute, sont essentiellement humains. Au niveau du CHR de Koudougou, on a enregistré 30 blessés pour la journée du mardi 22 février et 64 autres pour la journée du mercredi ; soit 94 en deux jours de fronde. Ces blessés sont majoritairement des élèves et des étudiants. Trois étaient dans un état critique et ont été évacués à Ouagadougou.

Comme on le sait déjà, deux manifestants ont trouvé la mort : il s’agit d’Assad Ouédraogo, né le 05 août 1993, élève en classe de 3e au lycée municipal, et d’un autre toujours gardé à la morgue et dont on ignore l’identité. Par ailleurs, parmi les évacués à Ouaga, un étudiant de 1re année d’économie à l’Université de Koudougou aurait succombé. On a appris que deux agents, blessés grièvement, ont été évacués à Ouagadougou. Calme à Koudougou certes, mais les autres localités de la province du Boulkiemdé ont pris le relais. Dans presque toutes les localités, les scolaires sont descendus dans les rues et se sont heurtés aux agents de sécurité.

Là aussi, le bilan est macabre : à Kindi (50 km de Koudougou), un élève du nom de Michel Bouda, 16 ans, de la classe de 4e, a succombé, touché par des balles en plein cœur. Un autre, Bougouma Kuilga, de la classe de 5e, a été blessé à la main et soigné sur place au CSPS de Kindi. En réplique, les élèves ont fait le tour de la ville, saccageant des maisons et brûlant les biens mobiliers et immobiliers des policiers.

Autre point chaud, Poa (25 km de Koudougou) : Là-bas, un écolier du CE2 qui traversait la route pour faire une commission a été touché par des balles et en est mort. Un commerçant de Poa a reçu trois balles au niveau des membres supérieurs et à la poitrine. Le policier qui a tiré a été pourchassé et lynché alors qu’il avait trouvé refuge dans la maison d’un agent de santé. A Réo (15 km de Koudougou), des manifestants ont incendié le commissariat de police et le haut- commissariat.

A Nandiala (25 km de Koudougou) et à Kokologho (55 km de Koudougou), des manifestations ont été organisées avec fort heureusement des bilans moins dramatiques. Espérons que les différentes médiations entreprises par les autorités de la place, les sages de Koudougou et les leaders d’opinion permettront d’éteindre cette crise qui commence à se généraliser et à prendre des proportions inquiétantes. Quand nous tracions ces lignes, la tension n’était pas totalement retombée dans ces localités, surtout à Kindi, où les manifestants étaient toujours dans la rue et se livraient à la destruction de certains biens publics et privés.

Cyrille Zoma

à Ouagadougou… L’onde de choc

 

Les élèves de la capitale se sont joints au mouvement de protestation de Koudougou consécutif au décès de Justin Zongo. Hier, jeudi 24 février 2011, plusieurs dizaines de lycéens sont allés réclamer « Justice, vérité et égalité » à leur ministère de tutelle puis au palais de justice.

« Justice », « lumière », « vérité ». Ce sont les mots qu’ont écrits à la craie sur le pavé de la cour et une partie de la terrasse du bâtiment abritant le ministère des Enseignements secondaire et supérieur et celui de l’Education nationale et de l’Alphabétisation les élèves qui ont envahi l’enceinte de leur ministère de tutelle hier, jeudi 24 février 2011, aux environs de 10h.

Auparavant, ils sont passés à la télévision nationale pour tenter de faire passer leur message. Ils sont même parvenus aux portes de l’immeuble abritant le ministère mais n’ont pas pu y pénétrer. Selon le directeur de la Communication et de la Presse ministérielle (DCPM) du ministère des Enseignements secondaire et supérieur, Aboubacar Sy, que nous avons joint au téléphone, les lycéens ont exigé de voir les ministres.

Ces derniers étant en réunion en ville, il aurait proposé aux manifestants de rencontrer leurs représentants en vue de recueillir leurs revendications afin de les transmettre à qui de droit. La désignation de ces représentants aurait été finalement réfutée par la foule réclamait haut et fort : « Vérité et justice ». Les lycéens ont ensuite quitté le ministère pour prendre la direction du palais de justice.

Lorsque nous les avons rejoints sur l’avenue Kwame-N’Krumah à la devanture du palais, nous avons été littéralement assailli, chacun voulant placer un mot ou sa phrase choc. « Il faut l’écrire dans votre journal : si justice n’est pas rendue, nous allons nous rendre justice nous- mêmes », crie l’un d’entre eux. « Si la justice ne fait pas bien son travail, nous allons passer d’un Etat de droit à un Etat d’exception », renchérit un autre. Aux autorités administratives de la région du Centre-Ouest, les élèves entendent donner une leçon de biologie : « On n’a jamais vu la méningite en février.

S’ils n’ont pas fait la 3e, qu’ils viennent nous voir nous leur expliquerons comment se manifeste la méningite ». A vue d’œil, les manifestants venaient de différents établissements de la capitale, car rien qu’à regarder les uniformes, on pouvait distinguer, entre autres, des élèves du lycée technique de Ouagadougou (LTO), du lycée Philippe-Zinda-Kaboré (LPZK), et du lycée Bogodogo. « La lutte continue tant que justice n’est pas faite ! », criaient-ils en quittant les lieux. Ambiance.

Hyacinthe Sanou

à Ouahigouya Des élèves dans la rue

 

Les élèves des différents établissements secondaires de la ville de Ouahigouya ont déserté les classes la matinée du jeudi 24 février 2011 pour demander des éclaircissements sur les circonstances du décès de leur camarade Justin Zongo à Koudougou et celui des deux étudiants de la même ville. Ils exigent également la libération des élèves incarcérés par suite des différentes manifestations à Koudougou.

Rassemblés à la place de la nation, les frondeurs ont multiplié les va-et-vient entre la résidence du gouverneur de la région du Nord, le siège du conseil régional, la direction régionale de la police nationale, le commissariat central et la mairie de Ouahigouya. Multipliant les slogans liberté et justice, les jets de pierres, brûlant par–ci par-là des pneus sur certaines chaussées, les élèves ont fait le « chaud » une heure durant sans être inquiétés par les forces de sécurité.

Après avoir cassé les vitres de la guérite du conseil régional, certains se sont introduits dans l’enceinte de la direction régionale de la police du Nord, où ils ont essayé de défoncer les fenêtres du bâtiment principal, pendant que d’autres cassaient les ampoules et brûlaient des pneus devant et à l’intérieur. Un chauffeur de l’Administration conduisant un véhicule fond rouge, qui a voulu se frayer un passage dans la foule, a vu briser les vitres de son véhicule. Acculée, la police a dispersé les manifestants à coups de gaz lacrymogène.

Après cette sortie, la police s’est repliée, les laissant faire le pied de grue à la résidence du gouverneur puis devant le commissariat central. Ils sont revenus aux environs de 11h 00 contraindre les commerçants en face de la place de la nation à fermer boutique avant de se disperser. Il faut signaler que cette manifestation des élèves a fortement perturbé la cérémonie d’ouverture de l’atelier de validation du rapport provisoire du plan stratégique décennal de modernisation de l’Etat et de son premier plan d’action.

La cérémonie d’ouverture, qui était prévue pour 8h 30 à la salle de conférences du conseil régional du Nord, n’a pu se tenir. Les autorités ont préféré éviter la confrontation en ne se présentant pas à la cérémonie. C’est finalement aux environs de 13h 00 que le ministre Soungalo Ouattara est arrivé sur les lieux de la rencontre. Aux dernières nouvelles, les autorités locales auraient rencontré les responsables des élèves afin de calmer les esprits.

Emery Albert Ouédraogo

Publié dans International

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