Antoine Glaser (La Lettre du Continent): “La Côte d’Ivoire court vers un régime totalitaire”

Publié le par thruthway

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La chaîne de télévision française, France 24, a organisé, mercredi dernier, un débat sur la réconciliation en Côte d’Ivoire, 1 an après l’installation au pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara, le 11 avril 2011. Une occasion que n’ont visiblement pas ratée Bernard Houdin, conseiller spécial du président Laurent Gbagbo et représentant de son porte-parole en Europe et aux États-Unis; la journaliste d'investigation et écrivain, Leslie Varen, auteur de «Abobo-laguerre. Côte d'Ivoire: terrain de jeu de la France et de l'ONU» et Antoine Glaser, rédacteur en chef de la publication, La Lettre du Continent, pour dénoncer l’implication directe de la France dans le renversement du président Gbagbo. Mais surtout clouer au pilori le régime Ouattara qui ne fournit aucun effort selon eux, pour une réconciliation en Côte d’Ivoire.

 

 Pour Antoine Glazer, la réconciliation est impossible dans un pays où le régime est en train de se fasciser chaque jour davantage. «Le problème de la Côte d’Ivoire, c’est un problème social, économique et politique. Et le problème politique, c’est le vrai problème actuellement. C’est que des gens de l’opposition ont peur de rentrer. Il faut dire que c’est à juste titre. Ils craignent les revanchards, ils craignent la Dst ivoirienne qui est devenue hyper puissante. Et puis quand un pays se reconstruit, il a tendance à tout verrouiller. C’est vrai que c’est verrouillé sur le plan social et économique. Je pense que toutes les régies financières sont tenues directement par les gens de Ouattara. Même s’il est vrai que dans ce pays, quand les anciens ( ?) de Gbagbo veulent faire du business, on ne les emmerde pas. Mais globalement, le risque de ce pays, c’est que ça devienne un régime autoritaire. A mon avis, le pays court vers un régime totalitaire». Avant d’ajouter que «la réconciliation, ça ne se fait pas par le haut. La réconciliation, ça se fait par le bas».

 

Il indique qu’il faut, en effet, tenir compte que dans la seule ville d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, Laurent Gbagbo a réalisé 56 % des voix lors de la présidentielle 2010. Il évoque aussi les inquiétudes grandissantes parmi les partisans de Gbagbo. «Il y a des arrestations des gens de l’opposition ; des arrestations particulièrement de la Dst comme l’arrestation de l’avocat de Simone Gbagbo. C’est assez difficile que la réconciliation arrive comme ça du jour au lendemain. Il y a eu des morts et la réconciliation, ça ne se fait pas

dans le sang», précise-t-il.

 

Leslie Varen enfonce le clou quand arrive son tour de parole. «La réconciliation en Côte d’Ivoire est un leurre», lance-t-elle. Car pour l’auteur du livre «Abobo-la guerre», la première base pour réconcilier le peuple ivoirien, c’est une Justice équitable. «Or, il n’y a pas de Justice équitable aujourd’hui», déplore- t -el le.

 

Leslie Varen explique que la crise ivoirienne qui a fait plusieurs milliers de victimes, il n’y a pas que les pro-Ouattara qui sont morts. Il y a eu aussi des pro-Gbagbo qui ont été tués. Pour elle, tant qu’il n’y aura pas de reconnaissance de la souffrance des populations ivoiriennes dans les deux camps, il n’y aura pas de réconciliation. «Tant qu’il y aura une Justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire, il n’y aura pas de réconciliation», ajoute-t-elle avant d’inviter à reconnaître que pour l’instant, seuls sont en prison Gbagbo et les pro-Gbagbo. «Aucun pro-

Ouattara n’a été inculpé pour les massacres de Duékoué ni pour les massacres de Yopougon. Comment voulez-vous que la population se réconcilie ? C’est justement impossible», conclue-t-elle. Quand on veut parler de réconciliation, dira Bernard Houdin, il faut dire la vérité. Il soutient alors que le président Gbagbo est le père de la démocratie en Côte d’Ivoire.

 

«Le président Gbagbo en 10 ans de pouvoir a fait en sorte qu’il y ait l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire. Il ne s’est jamais mêlé du Judiciaire directement. En 10 ans, le Président Gbagbo n’a pas mis de journalistes en prison. En 10 ans, le président Gbagbo a électrifié autant de villages que ces prédécesseurs en 40 ans, il a fait l’adduction d’eau de Korhogo, il a fait l’autoroute du Nord, il a fait la mine d’or de Tongo, il a fait le pont de Jacqueville. Toutes ces choses qui ont été inaugurées par Alassane Ouattara après le mois d’Avril 2011. En octobre 2009, Laurent Gbagbo a signé un décret en conseil des ministres pour donner le 3ème pont au groupe Bouygues. La seule chose qu’a faite Ouattara, c’est d’ajouter 40 milliards fcfa sur le dossier. C’est ça la vérité», a soutenu Houdin pour répondre à Adama Diomandé, proche d'Alassane Ouattara, président de l'association pour la défense de la démocratie et des libertés (ADDL), qui accusait Gbagbo d’être undéni de la démocratie. Celui-ci affirmait, sans convaincre, que la réconciliation était en train de se construire petit à petit.

 

Robert Krassault

 

De "Le Temps"

Publié dans Actualités politiques

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