Camp de Tortures à Abidjan : Voici comment sont traités les prisonniers politiques

Publié le par thruthway

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Du quotidien ivoirien « LG Infos »

 

Nous avons reçu, le jeudi 21 juin 2012, ce témoignage fait par un rescapé des camps de torture installés dans les communes du district d’Abidjan, que nous publions intégralement pour a défense des droits fondamentaux de ces êtres humains, car ils en sont.

 

Je ne vous donnerai pas de détails sur l’endroit ni les conditions de mon enlèvement. Mais je vous ferai un récit complet de mon calvaire dans les camps de concentration.

 

Sachez que j’ai été enlevé par un groupe de Frci (Forces pro-ouattara) basées au camp 2 de Niangon km 17 sur dénonciation d’un groupe de personnes de notre quartier, simplement pour nuire à notre commerce. Ces éléments des Frci sont arrivés dans un 4x4 et nous ont intimé l’ordre de les suivre jusqu’à leur camp pour savoir de quoi nous sommes accusés. Arrivés, au camp 2 de Niamgon, nous apprenons que nous sommes accusés d’ «atteinte à la sûreté d’Etat, d’entretenir des soldats subversifs basés à l’extérieur du pays, de tenir des réunions politiques dans le but de renverser le pouvoir en place. » Après avoir pris connaissance des chefs d’accusations, j’ai tout de suite pensé à une blague.

 

Pendant qu’on nous interrogeait, d’autres personnes enlevées un peut plus tôt que nous subissaient des sévices, des tortures des recrutés du camp : un des chefs appelé Moro Naba, un burkinabé prenait des sachets et des morceaux de seaux en plastique. Il y mettait le feu et rependait le liquide brulant sur le corps des suppliciés. L’odeur de la chair brulée se répandait dans tout le camp. Les cris, gémissements des prisonniers nous donnaient froid dans le dos. Un des suppliciés a reçu le liquide brulant sur le dos, les cuisses et le sexe, il criait tellement qu’il en est devenu sourd. Plus tard, nous avons appris que nos codétenus étaient des soldats enlevés plusieurs jours plus tôt chez eux ou sur leurs lieux de service.

 

Ils nous ont gardés sur place pendant plus de 10 heures sous le feu des questions de toute personne le désirant. Les questions des plus farfelues : « Qui nous arme ? Qui nous finance ? Où nous tenons nos réunions politiques ? Où sont cachés les soldats rentrés de l’exil ? » Etc. Les coups pleuvaient de partout pour toute réponse non satisfaisante. On nous trainait sur une longue distance par les pieds dans boue et nous étions obligés de faire des gymnastiques pendant des heures et des heures au bon vouloir des recrues dans des endroits qui avaient servi d’urinoir, tellement le coin sentait l’urine.

 

Lorsque le jour a pointé, nous avons fait le tour de toutes les questions posées la nuit et tous les sévices décrits plus haut. J’étais épuisé, je ne sentais presque plus les coups que je recevais : tout ce qui m’importait était de m’étendre pour prendre du souffle. J’étais sourd aux menaces et cris qui m’intimaient l’ordre de m’asseoir.

 

Vers 10 heures, plusieurs chefs se sont succédé pour informer que nous devrions être transférés sur une autre base. Nous avions peur parce que chaque base a ses méthodes de torture. Je connaissais certaines bases de réputation, à part celle de Niangon, celles de 220 Adjamé, une des plus dangereuses, celle de Bingerville, celle de Angré et celles de Yopougon-selmer.

 

Un véhicule bâché non couvert est venu nous chercher. Comme du troupeau, nous étions entassés à moitié nus pour une destination que nous ne connaissions pas. L’inquiétude se lisait sur nos visages, parce que lé véhicule évitait d’emprunter les grandes voies. Chaque fois que nous traversions certains quartiers des habitants nous invectivaient, se moquaient et applaudissaient presque. Après plusieurs minutes, nous sommes débarqués dans le camp 1 de Yopougon-Selmer. Moins grand que celui de Niangon mais avec les mêmes bâches et hangars. Ici, il y avait un poste de police. C’est dans ce poste de police que nous avons été déversés et tout de suite des coups ont commencé à pleuvoir. Cette fois, de la part d’un policier très zélé qui a demandé qu’on nous enchaîne. Nous avons été enchaîné par les pieds quatre par quatre.

 

Des heures durant, les questions et les  coups pleuvaient, des insultes de policiers aussi. Surtout deux d’entre eux : un appelé « Sniper trapu nerveux ». Un autre « Baoulé clair », un adjudant qui ne manquait pas de dire que nous étions bêtes de croire que nous pouvions libérer Gbagbo et tous les autres prisonniers. Et que même si la Cpi libérait Gbagbo, ses camarades et lui étaient prêts à le flinguer parce qu’ils auraient reçu de l’argent de l’Onuci pour ça. Ils nous disaient aussi plein d’autres choses ridicules et injurieuses envers des communautés ethniques qu’il traitait de maudites.

 

Dans ce camp, les sévices n’étaient pas fréquents mais journalières. On venait chercher des prisonniers pour les bastonner pendant plusieurs heures. Nous avions tout subi l’épreuve de la piscine : une grande barrique remplie d’eau dans laquelle on trempait la moitié de nos corps en nous soulevant par les pieds et les mains menottées dans le dos. On nous arrosait les reins de coups pour nous obliger à boire le maximum d’eau et cela tous les jours, tant que nous ne leur disions pas ce qu’ils voulaient entendre.

 

Tous les jours, il y avait un arrivage de nouveaux gars parmi lesquels des recrues Frci jugées indisciplinées qu’on venait de punir. Dans ce camp, aucun parent n’avait le droit de nous voir ou de tenter de rentrer en contact avec les prisonniers. Pour éviter que les prisonniers soient localisés, on déplaçait certains sur d’autres sites. Pendant que les parents les croyaient à un endroit, on les rançonne. Pour espérer faire libérer un parent on vous demandait 350 000 F.CFA par tête ou plus. Si vous êtes un homme et que vous vous aventurez dans leur camp pour réclamer quelqu’un, vous êtes obligés de négocier votre sortie en même temps que celui pour lequel vous êtes venu.

 

Sur le site de selmer, on trouvait tout genre de prisonniers : des soldats, militaires, gendarmes, policiers accusés de vouloir déstabiliser le régime en place. Il y avait aussi des civils accusés des mêmes raisons qui avaient eu des histoires avec des ressortissants Malinké ou même avec leurs ou encore ceux qui étaient venus tenter de négocier la libération de leur parent. Un des prisonniers, venu d’Europe, avait voulu plaider pour son frère, ils l’ont gardé et l’obligeaient à utiliser son véhicule pour faire leurs courses. Il était le chauffeur et tous les jours, il leur payait la nourriture accompagnée de champagne ou de liqueurs de grande qualité. Les gars ne mangeaient pas pour moins de 50 mille par jour. Lui, c’était un prisonnier « choco » enchaîné au bureau de ses bourreaux où il dormait. Cela pendant plusieurs jours.

 

Les prisonniers étaient enchaînés toutes les nuits avant de dormir quatre par quatre. Il fallait pisser dans des bouteilles de sucrerie. Malheur à celui qui avait une envie pressante. Vous étiez obligés de réveiller vos codétenus qui vous accompagnent faire vos besoins dans un sachet, dans un coin du hangar qui vous serre de prison puisque nous étions enchaînés les uns aux autres jusqu’au petit matin.  Un Wc et une douche pour tous les prisonniers, situés à environ une centaine de mètre. Nous nous faisons accompagnés par un garde qui nous laisse le temps de soit nous laver, soit faire nos besoins. Pas possible de faire les deux à la fois. Donc, nous pouvons nous laver chaque trois ou quatre jours quand nous avions la chance pour les corps habillés. Pour les civils, c’était plus pénible. La prière de groupe était interdite par l’adjudant.


LE CAMP 2


Il est basé à Yopougon-Niangon sur la route de Dabou, voisin du domaine de l’ambassadeur Georges Ouégnin. Il est immense et composé de plusieurs dizaines de tentes modernes servant de dortoirs, de bureaux administratifs, de locaux de soins de santé (des infirmières), de réfectoires, de cuisines, de salles de projection (avec télé), etc.

 

(…) Les Ong de droits de l’homme et l’Onuci sont informés des séances de tortures, mais personne n’en parle. C’est dommage parce que ce sont des ivoiriens qui subissent en ces lieux des sévices et des tortures des plus dégradants, souvent de la part de burkinabé, de nigériens venus se venger. Il faut faire quelque chose pour ces prisonniers avant que le pire ne leur arrive.


Un ancien prisonnier.

Publié dans Droit de l'homme

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