CHERETE DE LA VIE : EXPLOSION DES PRIX SOUS OUATTARA

Publié le par thruthway

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L’inflation galopante et la cherté de la vie ont été un grand sujet de débat depuis 2008 et pendant la campagne électorale des présidentielles de 2010. Alassane Ouattara et ses partisans fustigeaient le Président Gbagbo et son équipe d’être incapables de juguler ce fléau et d’être responsables de la paupérisation des ivoiriens.

 

Depuis le 11 avril 2011 Alassane Ouattara a été installé au pouvoir en Côte d’Ivoire par l’armée française. Plus de 10 mois après, il dit avoir redémarré tous les chantiers arrêtés pendant la crise post électorale et relancé l’économie du pays sans citer les initiateurs de ces projets. Qu’en est-il de la cherté de la vie en Côte d’Ivoire aujourd’hui?  

 

Déjà au mois de juin 2011 la situation était préoccupante, l’inflation était galopante. On assistait à une hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité, comme le riz, l’huile, la viande de bœuf, le  savon et bien d’autres ingrédients. Sur plusieurs marchés aussi bien à Koumassi, Marcory qu’à Yopougon, le sac de 5 kg de riz est passé de 3000 à 3500 F.CFA (+16.6%), le kg de viande de bœuf de 1800 à 2000/2100 F.CFA (entre +11.1 et +16.6%). Le savon de lessive et le savon de toilette connaissaient une hausse qui varie entre 30 F.CFA et 75 F.CFA, quelle qu’en soit la marque ou le poids.

 

La situation est pareille en ce début de l’année 2012. Le prix du kg de la viande reste élevé (entre 2000 et 2100 F.CFA), la boîte de sardine qui coûtait 350 F.CFA passe maintenant à 400 FCFA (+14.3%), le prix du litre d’huile est à 1200 FCFA, le kg de pomme de terre tourne autour de 500 F.CFA, le paquet de couscous coûte 1000 FCFA. La tendance haussière des prix touche également le secteur des légumes dont l’aubergine, la tomate, l’ail. Ainsi, le kg de tomate est à 500 F.CFA, le kg d’oignon coûte entre 300 et 500 F.CFA selon la variété. Le poisson fumé et le poisson frais aussi commencent à être chers sur le marché.

 

Mais, les hausses les plus spectaculaires concernent le riz, surtout que cette denrée est devenue l’aliment de base de toute la population. Les derniers relevés de prix sur les différents marchés d’Abidjan indiquent que le prix du sac de riz Uncle Sam (25 kg) est de 17500 FCFA, les brisures toute autre qualité sont à 11000 F.CFA, le sac de 50 Kg oscille entre 21 et 22000 F.CFA, alors que les sacs de 15 Kg coûtent 8000 F.CFA. Le sac de riz à 22000 F.CFA c’est le plus grand cauchemar des familles en ce début d’année.

 

La flambée des prix et l’accélération de l’inflation en Côte d’Ivoire sont évidentes, personne ne peut les contester. Même au niveau macroéconomique le taux d’inflation se situerait au dessus de la norme communautaire, il serait de 4.9% avec un niveau de plus de 10% pour les produits alimentaires. Il convient à présent d’analyser ses conséquences sur les populations, ses origines et l’apparente impuissance des autorités ivoiriennes à l’endiguer.

 

La situation actuelle de forte inflation a des effets dévastateurs sur les populations et sur l’économie. Le premier effet c’est la baisse du pouvoir d’achat, pouvant aller jusqu’à l’exclusion de certains ménages/agents  économiques de la consommation de biens devenus trop onéreux. La traduction concrète c’est la hausse de la popote quotidienne : « le marché » pour une famille de 5 personnes pour 1 jour à Abidjan était de 2000F avant le 11 avril, il est de 3000 F en juin (plus 1/2 par rapport à mars 2011), et se situe entre 4 et 5000 F en janvier 2012 (plus 2/3 par rapport à juin 2011, plus du double par rapport à mars 2011). Dans ces conditions certains repas sont supprimés. C’est ainsi que de nombreuses familles, seuls les enfants de moins de 10 ans sont concernés par le petit déjeuner et ont droit aux trois repas par jour. Les autres membres de la famille se débrouillent et se contentent du seul repas du soir difficilement suffisant. L’augmentation de la morbidité et de la mortalité en est une conséquence.

 

La baisse du pouvoir d’achat des ivoiriens intervient dans un contexte de licenciements massifs (plus de 2500), de suspensions de salaires et de gel des avoirs de centaines de personnes depuis l’avènement de Ouattara, assombrissant encore d’avantage la situation.

 

Au plan macroéconomique l’inflation galopante réduit le taux d’intérêt réel et le revenu disponible pour l’épargne, les besoins de consommation absorbant une part croissante des revenus. De même, la dévalorisation induite des actifs financiers se traduit par une forte tendance à la thésaurisation et par une demande croissante d’actifs réels (terrains, bâtiments, or, etc.), réduisant ainsi fortement l’épargne monétaire et financière. Or, sans épargne conséquente dans un pays pas d’investissement pour induire une croissance forte.

 

L’inflation galopante est donc dommageable à la fois pour l’économie entière et pour les agents économiques pris individuellement. Il faut la combattre. C’est d’ailleurs un des critères de convergence de l’UEMOA et un objectif central de la politique monétaire des pays de la Zone Franc. Mais pour se faire il faut bien en connaitre les causes.

 

L’inflation que la Côte d’Ivoire connait aujourd’hui est tirée par les produits alimentaires, le coût de l’énergie et la pression de la demande étant atone. La flambée des prix des produits alimentaires importés (essentiellement les céréales, les protéines et les légumes), qui en sont une composante importante ne semble pas être  la conséquence d’une hausse des cours mondiaux. En effet selon la FAO les prix des produits alimentaires ont enregistré une hausse moyenne d'environ 2% entre décembre 2011 et janvier 2012, sa première augmentation depuis juillet 2011. Les prix de tous les groupes de denrées ont affiché des gains le mois dernier, les huiles en tête, suivies de près par les céréales, le sucre, les produits laitiers et la viande. À son nouveau niveau de 214 points, l'Indice des prix des produits alimentaires demeurait toutefois inférieur de 7 pour cent à celui de janvier 2011.

 

On sait également que les cours du pétrole sont restés stables en dessous de 100 dollars le baril jusqu’à fin janvier 2012. Toutefois, la dépréciation de l’euro (12.5% par rapport à son  plus haut) et sa perspective négative peuvent avoir joué à la hausse sur les prix d’importation hors zone euro. On voit bien que les évolutions du marché international n’expliquent pas à elles seules les fortes hausses de prix observées, surtout au niveau du riz.

 

Les principales causes de ces hausses pour les produits importés doivent être recherchées au niveau de la non maîtrise des circuits d’importation (caractérisé par une forte concentration des importations entre les mains de quelques importateurs) et de commercialisation, l’indiscipline des intervenants de la chaîne de distribution-importateurs, transporteurs, grossistes, commerçants détaillants-. Il y a également les pratiques spéculatives. Une vendeuse de riz confie aux enquêteurs que les revendeurs qui enlèvent souvent le produit par lot de 25 sacs se retrouvent avec seulement 20 sacs pour le même montant dépensé (soit -20%). Ils sont donc obligés d’augmenter à leur tour les prix pour récupérer les fonds engagés. Il y a enfin l’incapacité du gouvernement à réguler tous les segments du marché des produits alimentaires importés.

 

Les produits alimentaires locaux contribuent pour une fois à cette inflation. Ceci est la conséquence de l’insécurité et du racket croissant. L’insécurité impacte la production et les activités post-récolte car elle se traduit par le ralentissement des activités agricoles du fait d’une réduction de la fréquence des travaux champêtres-éviter les droits de passage institués par les FRCI dans toutes les régions-, d’une réduction des heures ouvrées-rentrer au village bien avant la tombée de la nuit-. L’insécurité et le racket affectent la commercialisation des produits alimentaires et l’approvisionnement des marchés-tracasseries évacuation brousse, transport (taxes sauvages, frais de route), et sur les marchés (taxes sauvages et violence). Tout ceci réduit l’offre des produits tout en accroissant les coûts de transaction, conduisant à une hausse des prix.

 

Face à cette situation catastrophique le gouvernement devrait prendre des mesures concrètes effectivement appliquées. En s’attaquant d’abord résolument au problème de l’insécurité endémique, qui est le fait des FRCI et des dozos, forces supposées être sous son contrôle. En engageant ensuite des actions concrètes au-delà des effets d’annonce.  En effet, on nous dit qu’il y a une intensification des opérations de recensement et de relevé des prix par les services du ministère du commerce, en vue d’une meilleure lisibilité sur les prix des produits de grande consommation tels que le poisson, la viande, le riz, la tomate, le lait, l'huile, le pain, le sucre et le gaz. Mais les résultats concrets de ces opérations et les mesures correctives prises sur cette base ne sont pas perceptibles. En engageant enfin des actions de formation et d’encadrement des opérateurs qui interviennent dans la commercialisation et la distribution des produits alimentaires. La passiveté du gouvernement face à la vie chère risque de lui créer de mauvaises surprises.

 

C’est le lieu de relever l’incompréhensible immobilisme des syndicats et des associations de défense des consommateurs (défense du pouvoir d’achat) devant l’explosion des prix actuelle. En effet, la dégradation rapide des conditions de vie des travailleurs et des ivoiriens en général devait interpeller ces organisations, dont la pression sur le gouvernement peut aider ce dernier à se réveiller. Au demeurant, ces actions font partie de leurs missions. La société civile toute entière et les partis politiques devraient également interpeller le gouvernement sur sa responsabilité pour garantir le bien être des ivoiriens et veiller à préserver les ressorts de la croissance et de la prospérité du pays.

 

                                                          Jean Charles TIEMELE

                                                            Economiste Financier

Publié dans Economie

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