CI/ Elections législatives 2011: Les leçons d’un échec cuisant

Publié le par thruthway

Bureau de vote.3

 

 

Le scrutin législatif qui s’est déroulé, dimanche dernier, sur toute l’étendue nationale, a enregistré un très faible taux de participation. Ce constat fait par les observateurs nationaux et internationaux appelle, selon nous, trois enseignements fondamentaux.

 

 

 

La chaîne française France 24 dont la proximité avec le régime Ouattara constitue un secret de polichinelle et qu’on ne saurait taxer de pro-Gbagbo l’a mentionné sur son site internet, depuis dimanche dernier, « très faible taux de participation » aux législatives en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, selon des observateurs électoraux qui ont suivi, de bout en bout le scrutin, le taux de participation pourrait osciller entre 20 et 25%. Même si, par une prouesse dont lui seul a le secret (on l’a vu aux présidentielles où le taux de participation de 70% est curieusement passé à 81%), Youssouf Bakayoko, président controversé de la Cei, confie à l’Afp : «nous tournons généralement autour de 35% ». Relativisant ainsi les choses.

 

Il poursuit en ces termes : « de façon générale, l’élection des députés de l’Assemblée nationale n’a jamais autant mobilisé que les présidentielles ». Si dans la globalité, M. Youssouf Bakayoko n’a pas tort en affirmant cela, au plan particulier des élections législatives organisées, le dimanche 11 avril dernier, le président de la Cei est tout à fait à côté de la plaque. Puisque la communauté internationale a perçu ce scrutin comme un test grandeur nature pour jauger la légitimité du régime Ouattara.

 

La presse française a même précisé que « Ouattara a transféré Gbagbo à la Cpi à La Haye pour la réussite des élections législatives ». L’un dans l’autre, ces législatives étaient aussi importantes que les présidentielles. C’est à juste titre que le faible taux de participation enregistré lors du scrutin législatif ne saurait être appréhendé comme un épiphénomène. Il s’agit d’une « catastrophe » qui induit trois leçons fondamentales à tirer.

 

 

Les Ivoiriens désavouent le pouvoir

 

 

La première leçon qui se dégage de cette « débâcle électorale » survenue dimanche dernier est que les Ivoiriens disent « non !» au nouveau pouvoir ivoirien. Leur boycott des législatives traduit le rejet de la gouvernance Ouattara qui a cours depuis avril dernier. Ils ont dit ainsi au chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, que sa manière de gérer le quotidien du peuple et la crise ivoirienne n’est pas bonne.

 

Depuis avril dernier, le coût de la vie s’est renchéri, le panier de la ménagère en souffre de façon dramatique, le chômage s’est accru avec les licenciements cautionnés par le gouvernement (exemples: Rti, Hôtel Ivoire…), l’économie est en crise (le secteur informel subi une opération pays propre ravageuse…), l’école est en danger (l’Université publique est fermée…), l’insécurité galopante, la santé désastreuse; le tribalisme dans les nominations etc. A côté de cela, il y a la dérive antidémocratique du régime Ouattara ponctuée par le bâillonnement de la liberté de la presse.

 

L’opposition est interdite de parole dans les médias publics et ses meetings sont interdits ou matés par l’armée. S’agissant de la gestion de la crise socio-politique profonde qui sévit depuis avril 2011, les Ivoiriens n’ont visiblement pas apprécié la déportation de leur président, Laurent Gbagbo, à la Cpi à La Haye. Cet acte qui s’est effectuée à la veille de l’ouverture de la campagne des législative a été perçu par le peuple comme une volonté affichée du régime Ouattara de ne pas réconcilier les Ivoiriens et d’approfondir davantage la fracture sociale. Le faible taux de participation aux législatives sanctionne donc négativement les options prises par M. Ouattara depuis avril 2011.

 

 

Profonde crise de légitimité

 

 

Deuxième leçon, la crise de légitimité dans laquelle s’est englué définitivement le nouveau pouvoir ivoirien.

 

Parvenu au pouvoir dans les conditions controversées, Alassane Dramane Ouattara, avait besoin de sortir « vainqueur » du cap des élections législatives pour tourner la sombre page des élections présidentielles. Certes comme l’a dit son ministre de l’intérieur Hamed Bakayoko, la quiétude au cours du scrutin constituait un enjeu de ces législatives, mais l’enjeu le plus important aux yeux des observateurs était le taux de participation. Puisque c’est cela qui témoigne qu’un leader est suivi ou non par le peuple.

 

Les législatives de dimanche dernier ont clairement démontré que Alassane Ouattara  n’est pas en phase avec la très large majorité des Ivoiriens. Qu’il a encore du chemin à parcourir. Que la crise de légitimité est profonde !

 

 

Troisième leçon à retenir,

 

C’est que les élections présidentielles du 28 novembre 2010 n’ont pas livré toutes leurs vérités. Ou du moins, certains secrets fondamentaux n’ont pas encore été révélés. Des secrets dont les candidats déclarés élus au terme des législatives de Dimanche dernier sont de grandes victimes. D’autant qu’ils sont députés élus par la minorité. Comment parler à l’Assemblée nationale au nom des populations quand la majorité ne vous a pas choisi ? Ce sera le cas, par exemple, du député de Bingerville qui est sorti vainqueur d’un scrutin ayant eu 33 000 électeurs inscrits, 8708 votants et 8367 suffrages exprimés.

 

C’est aussi le cas de quelqu’un qui est élu à Ouragahio avec un taux de participation de 8% d’une population électorale estimée à 28000 électeurs, soit environ 2000 votants. C’est assurément une équation difficile à résoudre pour M. Ouattara.

 

 

 

Source : Notre voie

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