Côte d'ivoire: CES INCONGRUITÉS QUI PLOMBENT LE DIALOGUE RÉPUBLICAIN

Publié le par thruthway

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L’annonce de l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition ivoirienne a été saluée par tous les observateurs de la scène politique ivoirienne. L’importance du sujet avait mobilisé le gouvernement, ses partenaires ainsi que la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation. C’est donc après plusieurs concertations et échanges que la décision a été annoncée. Le gouvernement, voulant sans doute apporter une touche nouvelle, invita d’autres formations politiques de l’opposition. En effet, lors des premières négociations, seuls les partis regroupés au sein du CNRD avaient été concernés. Malheureusement, de ces discussions, rien de constructif ne sortit. Le gouvernement a donc invité, pour celles qui auront lieu du 27 au 28 Avril 2012 à Grand Bassam, les partis que sont, le FPI (5 représentants) CNRD, (5 représentants) LIDER (5 représentants), RPCI de Bamba Moriféré (5 représentants),) et 5 représentants pour chacun des partis regroupés au sein de la Ligue des Mouvements pour le Progrès (LMP). Concernant la Ligue des Mouvements pour le Progrès, rappelons qu’elle est constituée d’anciens membres du CNRD que sont Gervais Coulibaly (Cap-Udd), Mel Théodore (Udcy), Henriette Lagou (Rpc), Apiah Kabran (Mnc).

 

A la veille de l’ouverture du dialogue républicain, l’un des partis conviés, en l’occurrence le FPI se trouve dans l’impossibilité de répondre à l’invitation. Le fait est que ce parti organise sa convention le 29 Avril 2012.Une convention décidée par son comité central du 25 Février 2012 .Face à cette situation, le gouvernement a néanmoins décidé de maintenir les discussions des 27 et 28 Avril 2012. Elles se feront donc sans le FPI. La volonté du pouvoir de maintenir les assises de Grand Bassam, en dépit de la demande  écrite de report exprimée par le FPI, révèle certaines incongruités qui finiront par plomber le dialogue républicain annoncé.

 

Les incongruités…

 

La première incongruité se trouve dans les partis invités aux négociations. Il ne nous appartient pas de désigner qui doit s’asseoir à la table de discussions, mais le bons sens recommande que l’on évite d’infantiliser l’esprit des ivoiriens. En effet, depuis le 11 Avril 2011, le parti qui est toujours présenté comme s’opposant au gouvernement est bien le FPI qui est la colonne vertébrale du CNRD. Et lorsque les observateurs parlent de discuter avec l’opposition, personne ne dira le contraire, c’est d’abord et avant tout au FPI qu’il pense. Lorsqu’Amadou Soumahoro parle de mâter l’opposition, il n’hésite pas à nommer le FPI, lorsque Raphaël Lakpé dit que Ouattara a toujours tendu la main, il ne manque pas de préciser que c’est le FPI qui refuse de saisir la main de Ouattara. Pendant que les militants du FPI sont inquiétés, poursuivis, en prison, en exil, ceux des autres partis d’opposition sont libres de tenir leurs meetings et autres tournées.

 

Bref,  la décrispation dépend de la nature des rapports entre le pouvoir et le FPI. Nous sommes donc surpris de voir à la table de négociation, le parti de Bamba Moriféré, un parti crée sans doute pour ces assises. Le RPCI officiellement présenté aux ivoiriens le 24 Mars 2012 est un appendice du pouvoir, créé par le pouvoir pour servir le pouvoir, et qui vit de la générosité du pouvoir. C’est en cela que nous avons dit qu’il est une opposition éprouvette. Si le pouvoir aime tant discuter avec l’opposition qu’est ce qui l’empêche d’inviter le PNI de Pépé Paul ou le Parti Communiste de Gueu Droh? Le RPCI est il plus crédible et représentatif que le PIT? Il ne peut avoir discussions où négociations qu’entre des partis qui ont une divergence de vue. Or entre  M .Moriféré et le pouvoir, il y a plus qu’une convergence de vue. Moriferé ne se cache  du reste pas le fait d’avoir soutenu Ouattara .Alors que va-t-il négocier avec le pouvoir ? Le RPCI n’a pas sa place autour de la table de négociation, s’il revendique une place, alors qu’il se range dans la délégation du pouvoir.

 

La deuxième incongruité c’est la participation, du CNRD en tant qu’entité à part. Nous posons la question de savoir quelle est la différence entre le CNRD et le FPI? Le pouvoir où d’autres personnes nous répondront certainement que les revendications sont nuancées. Alors si les revendications sont nuancées ou différentes, en quoi pourront-elles avancer les débats puisque jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas une assemblée délibérante. La quasi-totalité des revendications du CNRD sont contenues dans le mémorandum du FPI. Mieux, les premières négociations ont réuni autour de la table, le CNRD et le gouvernement. Pourquoi donc ne pas faire du FPI et du CNRD une seule entité?

 

La troisième est la présence des partis en rupture de banc avec le CNRD, ceux regroupés au sein de la nouvelle LMP. Son porte-parole Coulibaly Gervais a été la première personne à annoncer que si le pouvoir transférait Gbagbo à la CPI, le CNRD se retirerait de tout. Comprenons par « tout », la participation aux élections législatives, municipales et régionales, le processus de réconciliation, la participation au gouvernement. Curieusement, lui et les membres de sa coalition ont été les premiers à participer aux élections législatives. La libération des pro-Gbagbo, le dégel des comptes, le retour des exilés, la sécurité pour tous, etc. Ces revendications sont portées par le FPI, la nouvelle LMP n’apportera rien de nouveau. Dans son entendement, il faut une nouvelle approche, une nouvelle méthodologie, c’est-à-dire, accepter de participer aux élections et au gouvernement contre la libération, le dégel des avoirs, le retour des exilés. C’est une vue simpliste qui écarte la dimension politique des négociations.

 

La quatrième et dernière incongruité, c’est le refus du report des négociations. Le pouvoir  a refusé de reporter les assises de Grand Bassam et compte ainsi les tenir aux dates et lieux indiqués. Mais pourquoi un tel entêtement? Quelle est l’urgence? Rien n’indique que la réconciliation sera scellée aux termes des assisses des 27 et 28. Et ce n’est surtout pas le report d’une et de deux semaines qui empêcherait le pays de devenir un pays émergent à l’orée de 2020. Déjà, le pouvoir, par la plume de ses journalistes, affirme que le FPI met l’intérêt privé au dessus de l’intérêt national. Mais n’est-ce pas la somme de ces intérêts privés qui constitue l’intérêt national? Les militants du FPI ne font-ils pas partie de l’intérêt national ? Qui définit l’intérêt national? Si c’est le pouvoir alors, il lui appartient de faire en sorte que cet intérêt soit sauvegardé en lâchant du leste. En l’espèce, en accédant à la demande du FPI. Que vaut une négociation sans le FPI? Autant tirer une balle dans le vide.

 

…qui plombent le dialogue républicain.

 

Nous disions dans l’une de nos réflexions que Ouattara est au pied du mur avec en main, la truelle de la construction de la nation. La question de savoir si le mur sera en pailles ou en briques ne se pose plus. En effet, tous les ingrédients sont réunis pour que les assises donnent naissance à une très belle souris. La stratégie du pouvoir consistant à brouiller la voix du FPI est nettement affichée. Elle se voit à travers l’invitation du RPCI, de la nouvelle LMP. C’est un choix délibéré pour au final, présenter le FPI comme celui qui bloque le processus, alors que le processus lui même est torpillé par le pouvoir.

 

A supposé que les autres partis accèdent à la demande du pourvoir et que le FPI conditionne son acceptation à la satisfaction de ses revendications, la première opération de communication du pouvoir consistera à dire que le FPI est contre la paix, donc contre le bien être des ivoiriens.  Cette stratégie nous rappelle bien celle utilisée lors de la table ronde de Linas Marcoussis. En effet, à la faveur de ces négociations, nous avons assisté à l’éclatement des ex rebelles en petites unités indépendantes du point de vue de la forme. MPIGO, MJP, MPCI ont été séparément signataires desdits accords, alors qu’au fond, le MPIGO et le MJP ne sont que des démembrements du MPCI.

 

Aussi, est-il nécessaire que l’on marque une pose sur les intentions et actes posés par le pouvoir à la veille de ces assises. Lors de sa tournée à l’Ouest, Ouattara a invité les exilés à regagner leur pays. Or, ces exilés dont il parle ont leurs maisons et autres biens occupés par les hommes du pouvoir. A l’ouest, les forêts des exilés sont illicitement occupées et exploitées par des personnes qui n’en sont pas propriétaires. L’on ne nous dira pas qu’ils retourneront en Côte d’ivoire pour loger dans des hôtels. Même à l’hôtel, ils devront faire face aux frais. Comment le pourront-ils si leurs comptes sont toujours gelés, leurs emplois arrachés par le pouvoir? Viendront-ils en Côte d’Ivoire pour se retrouver à la Maca?

 

On notera par ailleurs qu’aucun mandat d’arrêt n’a été levé. D’ailleurs, Hamed Bakayoko a interdit le sol ivoirien à Koné Katinan. Dans ces circonstances, à quoi serviront ces assises puisque la messe est déjà dite. Il est donc clair que le pouvoir ne pose aucun acte à même de faciliter la réconciliation tant prêchée. Nous ne cesserons de dire que la réconciliation ne se trouve pas dans les intentions, elle se trouve dans les actes et seuls ceux-ci peuvent constituer les témoins de la volonté du pouvoir. Quel sera le sens des assises sans le FPI?  Le pouvoir à sans doute sa petite idée sur la question. Espérons tout simplement que ses initiatives ne célèbrent pas la messe de requiem de dame réconciliation.

 

Alain Bouikalo

Juriste-consultant

bouikhalaud10@gmail.com

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Abdoulaye Bah 17/05/2012 14:46


Pas de développement sans concorde nationale, pas de concorde sans réconciliation! Alors les amis pour que tous les ivoiriens rament dans le même sens, dépêchez car de la stabilité politique de
votre pays dépend le développement d'une bonne partie de la sous-région.