Crise ivoirienne, immigration, arrimage du CFA,… Marine le Pen sans détour

Publié le par thruthway

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Notre Voie. : Vous reprochez entre autres au PS et à l’UMP de ne pas pouvoir arrêter l’immigration. Est-ce qu’honnêtement on peut arrêter l’immigration?

 

Marine Le Pen: Oui ! Et la meilleure façon d’arrêter l’immigration c’est de ne pas rendre le pays attractif à l’immigration. Il est évident qu’à partir du moment où un clandestin qui arrive en France peut vivre mieux en tant que clandestin que chez lui en travaillant, c’est humain, il y a des gens qui vont continuer à venir. Il faut donc couper ce que j’appelle les pompes aspirantes de l’immigration et mettre en place une coopération avec les pays dont sont originaires les immigrés, pour fixer les populations dans leur pays d’origine. Cela veut dire suppression du droit du sol, et cette acquisition automatique de la nationalité que je trouve aberrante. Je pense qu’on décide de qui devient français ou de qui ne devient pas français en fonction des qualités de cette personne, pas parce qu’il a été là, trois ans, cinq ans. Ça me paraît complètement absurde et contraire à la souveraineté du peuple. Il faut aussi couper toutes ces aides qui attirent des gens dans un pays qui est le mien, et qui doit faire face à cinq millions de chômeurs et à huit millions de pauvres.

 

N.V. : Il y a pourtant certaines études qui disent que la France a besoin d’immigration. Qu’en pensez-vous?

 

M.L.P. : Je conteste formellement ces études. Comment peut-on avoir besoin d’immigration quand on a cinq millions de chômeurs ? Ça me paraît tellement logique. Et puis ceux qui défendent ces idées-là, c’est une étude de l’université de Lille qu’on nous ressort à chaque fois. L’immigration rapporterait douze milliards d’euros. On n’a qu’à doubler l’immigration et ça nous rapporterait vingt quatre milliards. Ça n’a pas de sens.

 

N.V. : Pour vous, c’est toute l’immigration qu’il faut arrêter ? Quel que soit le pays d’origine ?

 

M.L.P. : Bien sûr ! Toute l’immigration. On n’a pas de quoi les loger. Il n’y a pas d’emploi. C’est pour faire quoi ? On les attire pour les envoyer où ? Au fin fond des banlieues ? Dans des hôtels insalubres qui vont brûler avec leurs familles, ou vivre comme des chiens ? Mais moi, je dis clairement que nous n’avons plus rien à vous offrir. Alors on peut discuter, construire des universités, on peut former des étudiants pour aider au développement économique, mais je ne les garde pas. Parce que, aller chercher les élites dans des pays qui en ont besoin, pour les envoyer en France et les garder et les payer moitié prix et les mettre en concurrence avec les nôtres, c’est tout le monde perdant. C’est le pays dont ils sont issus et notre pays à nous. Quand je vois qu’il y a plus de médecins béninois en France qu’au Benin, je suis désolée, mais ce n’est pas normal.

 

N.V. : La question que vous évoquez est justement au cœur des relations entre la France et la plupart des pays africains. Si je vous ai bien compris, votre position c’est de laisser les Africains chez eux tranquilles?

 

M.LP. : Ma position est extrêmement claire. Moi, je défends la souveraineté, la liberté, l’identité nationale, je les défends pour toutes les nations du monde. Je crois que tous les peuples ont le droit à se déterminer, à choisir leur avenir. Je crois que tous les hommes, à part quelques uns qui sont des aventuriers dans l’âme, ont envie de vivre, de voir leurs enfants grandir là où leurs parents ont grandi. Dans leur identité, leur mode de vie, leur culture qu’ils veulent préserver. Ceux qui sont donc arrachés à leur pays le sont pour des raisons économiques. Or, qu’est-ce qui se passe en ce moment, ou plus exactement depuis un certain temps ? Il y a que nous avons maintenant une immigration de revendication. C’est une immigration qui vient dire, vous nous avez volé nos matières premières, ce qui n’est d’ailleurs pas faux parce que c’est ce qui se passe avec la Françafrique que je condamne avec la plus grande fermeté. Donc on dit on vient chez vous prendre ce que vous nous avez volé.

Donc, pour moi, le meilleur moyen, celui qui va assurer la paix et le respect entre nos nations c’est qu’on arrête la Françafrique. On permet au peuple de profiter de ses propres richesses. On ne participe pas à cette corruption généralisée de nos élites respectives et on met en place des coopérations internationales de développement. C’est-à-dire entre les nations pour permettre aux populations de se fixer dans leurs pays d’origine. Au lieu de pomper les élites avec une immigration choisie qui à la réalité condamne les pays à la pauvreté à perpétuité. Parce que si chaque fois qu’il y a un ingénieur qui est formé il part, qu’il y a un médecin formé, il part, c’est terminé. C’est une politique que je trouve à la fois irrespectueuse et absurde.

 

N.V. : Ce discours que vous tenez est-il nouveau ou a-t-il toujours été le même, y compris depuis votre père ?

 

M.L.P. : Notre discours a toujours été le même. Mon père a été le premier homme politique français à réclamer l’effacement de la dette du tiers monde. C’était dans les années 1990. Donc ça ne date pas d’hier. Beaucoup d’Africains qui sont en France connaissent très bien d’ailleurs notre position. Moi, ils m’interpellent dans la rue en me disant : «Mme Le Pen vous au moins vous êtes patriote» Moi, je comprends parfaitement ça, parce que moi aussi je suis patriote. Ivoiriens, Camerounais, Maliens, moi je comprends parfaitement qu’on soit patriote. Et qu’on ne traite pas de la même manière les gens qui travaillent et qui respectent la loi et ceux qui ne travaillent pas et qui foutent le bordel. Dans un pays, on ne peut pas faire n’importe quoi, on ne peut pas accueillir n’importe qui, dans n’importe quelles conditions. On doit pouvoir avoir des exigences. Quand vous accueillez quelqu’un chez vous à dîner, il ne faut quand même pas qu’il veuille changer le papier peint, qu’il vous pique votre portefeuille, qu’il bouscule votre femme. Qu’il vous traite de con. C’est simplement le bon sens. Et je crois qu’il y a beaucoup de peuples qui comprennent cette exigence. Et qui ne comprennent pas qu’on soit aussi laxiste en France. Qui en subit les conséquences ? Ceux qui bossent, qui respectent la loi. Moi, je vois beaucoup d’Africains qui vivent en France qui me disent «mais, moi je travaille, pourquoi vous laissez tous ces voyous entrer ? Pourquoi vous les laissez en toute impunité ?». Ils me disent «moi j’ai une femme, j’ai des enfants. J’ai envie qu’ils aillent dans une école de qualité, qu’ils vivent en sécurité. Je n’ai pas envie qu’ils risquent la drogue. Je n’ai pas envie qu’ils se fassent racketter à la sortie de l’école. Je n’ai pas envie que les impôts que je paie servent à entretenir tous ces voyous». Je crois que c’est tout à fait légitime et naturel. C’est notre classe politique qui est devenue folle, qui a perdu tout sens de la mesure, du bon sens. Et de la morale aussi un peu. Parce que tout ça est une question de morale.

 

N.V. : Cela fait un an que M.Ouattara est au pouvoir en Côte d’Ivoire, après une élection et l’intervention de l’armée française. Quel commentaire faites-vous de la situation ?

 

M.L.P. : Je n’ai pas de commentaire à faire. Nous avons dit exactement ce que nous pensions. Je croyais qu’on arrêterait de mettre telle ou telle personne à la tête de tel ou tel Etat. Quel qu’il soit d’ailleurs. Ce n’est pas un jugement de valeur à l’égard de M. Gbagbo. Moi, je ne suis pas amie avec M. Gbagbo, je ne l’ai jamais rencontré de ma vie. M. Gbagbo, c’est un socialiste. Il était dans l’internationale socialiste. Il n’était pas proche du Front National. Mais je croyais, qu’on avait dit qu’on arrêtait la Françafrique, qu’on arrêtait les interventions militaires qui consistaient à aller mettre au pouvoir telle ou telle personne. Moi, je pense que les institutions ivoiriennes, permettaient de déterminer qui avait raison ou tort dans le débat électoral qui avait lieu. Or ça n’a pas été le cas. Et, je ne suis pas sûre que les Ivoiriens y aient gagné en liberté, tout simplement. Encore une fois, je n’ai pas de jugement sur M. Ouattara et sur M. Gbagbo. Mais j’ai quand même le sentiment aujourd’hui, que celui qui est la tête de la Côte d’Ivoire l’est parce que la France, par la force, l’a aidé à y être.

 

N.V. : Est-ce à dire que vous êtes aujourd’hui pour que la licorne quitte la Côte d’Ivoire ?

 

M.L.P. : Oui ! Moi je ne vois pas ce qu’elle y fait. Encore une fois, je dis que les nations sont souveraines. Si nous avons des accords avec des nations, que ces nations sont en difficulté, sont attaqués, sur leur territoire, les relations internationales prévoient cela. Elles prévoient pertinemment, que dans le cadre d’accords internationaux, si un pays ami est attaqué, nous puissions intervenir. Mais nous n’avons pas à nous mêler des problèmes intérieurs des pays. Nous n’avons pas à dire qu’un tel est mieux qu’un tel. Et par la force dire que lui c’est non et lui c’est oui. Moi je suis en désaccord avec ça, parce que je suis éminemment respectueuse des peuples que je crois souverains sur leurs territoires. Ce sont les peuples qui sont les seuls souverains sur leurs territoires. C’est cela la vraie démocratie.

 

N.V. : Selon vous, pourquoi avec ce discours, vous passez aux yeux de beaucoup d’Africains, vous et votre parti, comme des racistes, qui n’aiment pas les Noirs ?

 

M.L.P. : Parce que nous sommes un parti qui gêne. Nous sommes un parti de patriotes au milieu de mondialistes. Des gens qui ont mis en place l’exploitation des peuples. Vous voyez comment vit l’Afrique aujourd’hui? Vous voyez, la mondialisation, ce que ça nous fait ? A vous et à nous ? Qui gagne ? Qui perd ? Les peuples perdent et les élites gagnent. Les grandes puissances financières gagnent et se font un maximum de milliards. Et pendant ce temps, nos peuples s’appauvrissent. Donc pour disqualifier quelqu’un qui porte un discours de vérité comme ça, on utilise tous les moyens. Donc les internationalistes, les communistes, les trotskystes, auxquels s’est soumise la droite la plus bête du monde, qui est la droite française, on commence par dire: «eux se sont des fascistes, des nazis, des racistes etc.» Ce sont toujours les mêmes choses qui sont utilisées pour disqualifier un adversaire politique. Dès que vous n’êtes pas d’accord avec eux, on vous dit fascistes, nazis ou racistes. C’était un bon moyen de nous disqualifier. Parce que le peuple français n’est pas un peuple raciste, si on lui dit «lui, il est raciste», il va s’en détourner. Et c’est digne de sa part de se détourner de celui qui est raciste. Le problème c’est que nous ne sommes pas racistes.

 

N.V. : Avec cette façon que tout le monde a de vous dépeindre, pensez-vous qu’un jour le Front National, pourra accéder au pouvoir en France ?

 

M.L.P. : Oui, je le crois profondément. Parce que nos compatriotes ont commencé à prendre conscience et à comprendre que les idées que nous défendons n’ont strictement rien à voir avec la division, avec la couleur de la peau, rien à voir avec la religion. Nous, notre seule pierre fondatrice pour la nation. La nationalité. On est ou on n’est pas Français. Cela ne veut pas dire que quand on n’est pas Français, on est moins que rien. Mais ça veut dire que les Français en France ont des droits supplémentaires par rapport aux autres et que ceux qui ne sont pas Français ont un certain nombre d’obligations. A savoir respecter celui chez qui vous vivez. «A Rome on fait comme les Romains», dit-on. Moi j’arrive dans un pays musulman, je ne vais pas me balader en jupe. Je respecte le pays en question. On respecte les lois, les codes, les modes de vie, c’est tout à fait normal. Je crois très sincèrement que les Français sont en train de se rendre compte de ça. Et d’ailleurs beaucoup de Français d’origine étrangère, comme je vous le disais tout à l’heure se rendent compte que le discours que nous tenons est tout à fait un discours de bon sens.

 

N.V. : Je ne comprends toujours pas pour quoi on continue de vous traiter de fascistes ?

 

M.L.P. : Moi non plus je ne comprends pas. Mais il y a une seule chose que je comprends, c’est que les élites françaises sont comme ça. Elles se font la courte échelle depuis des années. Elles se partagent le pouvoir depuis des années. Elles se partagent l’argent depuis des années, au détriment du peuple. Et par conséquent, ceux qui sont capables de faire exploser ce système, sont éminemment dangereux. Et moi, je suis éminemment dangereuse. Parce que moi, je vais entrer et dénoncer les complicités, les collusions, je vais les monter aux Français. Je vais dénoncer ce système qui gère mal mais se défend très bien.

 

N.V. : Est-ce que les idéaux du Front National sont bien perçus par le peuple

Français ?

 

M.L.P. : non, parce qu’ils sont caricaturés. Ils comprennent de mieux en mieux. Mais nos positions sont caricaturées. Et notamment à l’étranger. On donne une image de nous qui n’a rien à voir avec ce que nous sommes. Le simple fait de dire de nous que nous sommes l’extrême droite, c’est un processus qui vise à nous décrédibiliser. C’est un adjectif péjoratif, qui nous amalgame avec des choses terribles. Parce que dans le grand sac où on met l’extrême droite, il y a Brevnic, l’assassin de Norvège, il y a le Ku Kux Klan. Dans l’extrême droite, il y a tout et n’importe quoi. Tous les dingues de la terre. On n’a rien à y faire. On n’a rien d’extrême droite. Nous nous sommes des démocrates. On est pour le parlement, on est pour la démocratie, on est pour la proportionnelle, on est pour le référendum d’initiative populaire, on est pour le pluralisme des partis politiques pour que tout le monde ait des représentants, on n’est pas du tout pour la force armée. Donc c’est complètement absurde de nous mettre dans se sac là. Mais c’est un moyen de nous décrédibiliser.

 

N.V. : N’est-ce pas parce que vous êtes renfermée sur vous ? On ne vous a jamais vu, par exemple, en Afrique…

 

M.L.P. : Mon père est allé en Afrique. Le problème c’est que chaque fois que vous mettez les pieds en Afrique on vous accuse d’aller chercher des valises.

 

N. V.: Une question économique. Beaucoup d’experts dénoncent l’arrimage du franc CFA à l’Euro. Quel est votre point de vue ?

 

M.L.P. : C’est terrible. Cet arrimage est terrible, parce que l’euro est déjà terrible pour nous, et les conséquences de cet arrimage sont terrifiantes. C’est un moyen d’appauvrissement terrible pour les pays qui sont arrimés à l’euro. La disparition de l’euro est nécessaire pour nous, mais elle est vitale pour les pays qui sont arrimés.

 

N.V. : Selon vous, si ces pays n’étaient plus arrimés à l’euro, comment pourraient-ils s’en sortir ?

 

M.L.P. : Déjà, il y aurait un avantage à être arrimé à un nouveau franc. Il ne sert à rien d’être arrimé à l’euro, parce qu’il est sur évalué. Donc c’est un problème de compétitivité qui est extraordinaire. Ce qui est produit dans un pays qui est arrimé à l’euro, va être dix, vingt ou trente fois plus cher que ce qui va être produit dans un autre pays, à trois kilomètres qui n’est pas arrimé à l’euro. Vous savez ce qu’on dit ici en France ? On dit que quand les gros maigrissent, les maigres meurent. Donc il y a tout un intérêt à avoir une monnaie qui soit dévaluée par rapport à l’euro qui est complètement surévaluée.

 

N.V. : Seriez-vous prête, Mme Le Pen, à parler avec des patriotes ivoiriens qui eux aussi se posent des questions sur l’avenir de leur pays ?

 

M.L.P. : Moi, je suis prête à parler avec tout le monde. Je ne suis pas sectaire. Je parle avec tous les gens. Et je crois sincèrement que c’est à notre génération de bouleverser le monde. Je crois qu’il va y avoir probablement dans la jeunesse africaine, les futurs leaders de demain, qui ont les mêmes visions que moi. Qui sont contre l’immigration, qui veulent eux aussi développer une élite, qui veulent aussi développer leur économie, qui veulent qu’on puisse parler d’égal à égal. Nous allons évidemment être amenés à discuter ensemble. Et avec grand plaisir, parce que c’est nécessaire. Le système mondialiste qu’ils ont mis en place est en bout de course. Ça veut dire qu’il faut le déconstruire. Et nous devons nous mettre ensemble pour construire autre chose. Et cette, autre chose, nous y avons déjà beaucoup travaillé. Il s’agit notamment de la charte de la Havane (CUBA) qui était l’autre choix, à l’époque de la seconde guerre mondiale. Qui était justement le choix des intérêts vitaux respectés, le commerce équitable. Mais qui a été abandonné au profit de Breton Woods, qui a été imposé au monde par les Américains, parce qu’ils étaient victorieux de la seconde guerre mondiale. On ne va pas refaire l’histoire, mais on va faire l’histoire. Et ça je ne crois pas qu’on pourra le faire seuls. Je suis pour un monde multipolaire. Et je pense que dans ce monde multipolaire, la France doit être aussi l’exemple des pays non alignés. Dans ce contexte-là nous avons évidemment des relations à créer avec l’ensemble des peuples, notamment d’Afrique avec lesquels nous avons une histoire, une affection particulière, une langue. Ce n’est pas rien. Il y a des aspirations qui sont communes. Il n’y a pas de raison que ces aspirations ne soient pas portées par des combats, chacun dans son pays et son intérêt mais basés sur des valeurs.

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