« En Côte d’Ivoire, nous sommes dans une prison à ciel ouvert » (Abou Cissé, oncle de Ouattara)

Publié le par thruthway

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Que peut-on retenir des 14 mois de pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara ?

Abou Cissé, oncle maternel de l’actuel chef de l’Etat ivoirien et un des membres fondateurs du Rdr, dresse un bilan sans complaisance. « Il n’y a plus de droit dans ce pays », dit-il fermement. Entretien.

 

 

Notre Voie : Quel bilan faites-vous de l’an 1 de la gestion du pouvoir par Alassane Dramane Ouattara ?

 

Abou Cissé : Le bilan est tellement négatif que le dresser serait croire qu’il a fait quelque chose.

 

N.V. : Vous estimez qu’il n’a rien fait ?

 

A.C. : Il n’a fait que détruire totalement le peu de tissu social qui nous restait. Après le Rdr (parti politique dont Ouattara demeure le président, ndlr) qu’il a transformé en un club d’amis, parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, il gère l’Etat comme sa famille. Il a instauré le tribalisme, le népotisme etc. qu’il qualifie de « rattrapage ». En fait, tout ce qui est négatif pour la construction d’un Etat moderne. Ses sœurs, son frère cadet, sa nièce… ses parents, en un mot, sont tous déversés à la Présidence de la République.

 

N.V. : Justement, pour vous qui le connaissez, pourquoi une telle gestion du pouvoir de la part de quelqu’un que l’extérieur présentait comme « le leader idéal » ?

 

A.C. : Vous savez, tout cela n’était que de la propagande. Et j’avoue que, mes amis du Rdr et moi y avions quelque peu contribué. Depuis un an, la réalité s’impose à tout le monde. De mémoire d’Ivoirien, on n’avait jamais vu un tel totalitarisme. Même sous le parti unique avec

Houphouët-Boigny. Il a fallu que les Blancs qui ne connaissent pas la Côte d’Ivoire installent quelqu’un pour qu’un tel système voie le jour dans notre pays. En plus de ses parents installés à la Présidence, Alassane Ouattara paie d’autres personnes qui émargent à la Présidence. C’est une sorte de consortium de familles, de marabouts, de religieux, de gens qui lui sont liés, qui sont tous payés par la Présidence. Ils sont plus attachés à l’argent qu’à la construction d’Etat moderne.

 

N.V. : Quel rôle, par exemple, ses sœurs jouent-elles à la Présidence ?

 

A.C. : Vous savez, en Afrique, un pouvoir obtenu contre la volonté du peuple s’attache toujours de maraboutage, de magie noire et de violence. Alassane Ouattara faisant semblant de ne pas aimer les marabouts, ce sont ses sœurs et quelques uns de ses proches qu’il charge de prendre l’avion régulièrement pour rechercher les marabouts au Mali, Niger, Sénégal etc. L’utilisation scandaleuse de l’argent du contribuable ivoirien à ces fins est à décrier. Alassane et sa famille sont en train de faire sombrer le pays. Il faut que les Ivoiriens prennent leurs responsabilités avant qu’il ne soit trop tard.

 

N.V. : Vos propos ont tout l’air d’une incitation à la violence…

 

A.C. : Non pas du tout. C’est un appel à une prise de conscience citoyenne pour conquérir la démocratie et la bonne gouvernance. Il s’agit de dire la vérité afin que le monde sache la face cachée de ce régime. Eux, ils ont pris les armes. Le peuple ne doit pas faire comme eux. Ce n’est pas notre vision de la politique. Nous, on a la parole. Aujourd’hui, on peut le dire sans se tromper, 95% de la population ivoirienne ne veut pas de lui. Ses actes sont totalement opposés à la démocratie.

 

N.V. : Mais La France sous Nicolas Sarkozy, les Etats-Unis, l’Onu avec Ban Ki-Moon et Choi disent l’avoir installé au pouvoir, le 11 avril 2011, au nom de la démocratie. Pourquoi croyez-vous que les actes de M. Ouattara ne relèvent pas de la démocratie ?

 

A.C. : Ce sont des amis qui ont installé leur ami au pouvoir en Côte d’Ivoire pour des intérêts économiques. Ça n’a rien à voir avec la démocratie. Parce que la démocratie telle que nous la connaissons, c’est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ce pouvoir, vous l’exercez parce que le peuple le veut. Et vous n’attendez rien de l’extérieur pour vous imposer. Vous n’instaurez pas une dictature.

 

N.V. : Mais il soutient que la Côte d’Ivoire est devenu un Etat de droit…

 

A.C. : Il n’y a plus de droit ici. Nous sommes dans une prison à ciel ouvert. Toute la Côte d’Ivoire est en prison. Ce n’est pas seulement Laurent Gbagbo et de hauts responsables de ce pays qui est en prison. Il s’agit de tous les Ivoiriens. Puisqu’il n’y a plus de liberté, aucune démocratie, aucune sécurité. Le pays est sous le contrôle de bandes armées qui font la loi avec la bénédiction d’Alassane Ouattara.

 

 

Entretien réalisé

par Didier Depry

didierdepri@yahoo.fr

Publié dans Actualités politiques

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