L’édito de Rue89 : le score de Le Pen, l’échec de Sarkozy

Publié le par thruthway

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L’échec retentissant de Nicolas Sarkozy au premier tour se lit non seulement dans son propre score, mais surtout dans celui de Marine Le Pen, qui crée la véritable surprise de ce scrutin.

Avec plus de 20%, la candidate du Front national a réussi à faire mieux que son père en 2002, et à porter les couleurs de l’extrême droite à leur plus haut niveau historique dans un scrutin présidentiel.

C’est l’échec d’une stratégie de droitisation qui, tout au long du quinquennat, du débat explosif sur l’identité nationale, au discours de Grenoble de l’été 2010, en passant par les polémiques inutiles sur le halal, ou encore les saillies de Claude Guéant sur les civilisations qui « ne se valent pas toutes », visait à ramener dans le giron de l’UMP les électeurs de la famille Le Pen.

Conseillé par son stratège venu de l’extrême droite Patrick Buisson, et par son exécuteur des basses œuvres, Claude Guéant, Nicolas Sarkozy a voulu faire du Le Pen « light ». Le Président a sacrifié les principes au nom d’une pèche indigne aux voix qui avait marché en 2007, mais pas en 2012, après cinq années de dupe.

« Choisissez l’original plutôt que la copie »

Marine Le Pen n’a pas eu beaucoup de difficulté à reprendre la réclame de son père, « choisissez l’original plutôt que la copie ». Pour au moins deux raisons :

Nicolas Sarkozy n’a pas eu, malgré ses efforts, la cohérence xénophobe attendue par les partisans du FN ;

la crise, la montée du chômage, la hausse de la pauvreté et de la précarité dans ce pays suscitent une défiance accrue vis-à-vis du discours politique dont le FN sait toujours bien profiter.

Ce poids accru du Front national pèsera lourd sur l’après-Sarkozy qui s’annonce, sur la recomposition de la droite qui suivra inévitablement l’ère du parti attrape-tout que Sarkozy avait tenté en créant l’UMP.

Le FN, ni épouvantail ni punching-ball

Il pèsera lourd aussi, sur le climat dans lequel François Hollande, s’il est élu comme nous le prévoyons le 6 mai, engagera la France sur une voie différente. Si la gauche, dans toutes ses composantes, ne prend pas à bras le corps la question de la souffrance sociale, celle de l’exclusion, le sort des « invisibles » dont Marine Le Pen est la plus improbable représentante, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Marine Le Pen, comme son père avant elle, réussit à coaliser un front du refus identitaire et social, sans pour autant être porteuse de solutions aux problèmes qu’elle dénonce. Il est significatif que sa campagne sur l’économie, sans la moindre crédibilité, a vite cédé le pas au vieux fonds de commerce anti-étrangers et anti-islam sur lequel elle est plus percutante.

Le FN ne doit pas seulement servir d’épouvantail ni de punching-ball : il doit être un marqueur de la dégradation du climat politique, de l’état du pays réel, en un mot de la capacité de la gauche revenue aux affaires à recréer l’espoir et à changer la vie, dans le sens pragmatique et concret de cette époque de crise.

C’est un défi de plus sur les épaules de François Hollande et de sa future majorité.

Publié dans Actualité judiciaire

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