L’hommage de Bertin KADET à Jean KUYO, Adieu travailleur infatigable

Publié le par thruthway

Hommage à Jean Kuyo ,PDG de KUYOPIPELINE

Adieu travailleur infatigable, Adieu Blougohou,

 

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La terrible nouvelle vient de tomber, lourde, implacable : Jean Kuyo est mort. C’est très tôt ce matin 07 février depuis le village, que Désiré Kadet mon frère aîné et chef de famille me l’annonce en ces termes : « Bertin, nous sommes perdus et désemparés ici, le village est en ébullition, ton grand frère Jean Kuyo est mort au Cameroun, tard dans la nuit d’hier ». Ainsi donc la mort continue de frapper dans ma famille et cette fois, dans ma famille nucléaire. Jean Kuyo, PDG de l’entreprise KUYOPIPELINE, le fils de Kessié Emile de Mama et de Goudonhon Julienne de Oundjibipa s’en est allé, définitivement, laissant dans la détresse les familles Gouriyouo, Tèbléyouo et Nékpopa de Mama ainsi que tout Oundjibipa. Héee, Gohouagnènègbè, la mort, dure réalité divine face à laquelle je suis obligé de m’incliner, je sais que tu es notre destin en partage et que nous allons quitter ce monde un jour mais, pourquoi s’acharnes-tu contre les miens, en venant assombrir de nouveau mon exil déjà si douloureux, avec des images funestes ? Et pourquoi Jean Kuyo maintenant ? Trois fois pourquoi ? Puisque tu m’autorises encore à m’adresser directement aux Gloukokouya de Koudoukou, je voudrais que tu saches seulement ceci :

 

Jean Kuyo que tu viens de m’arracher brutalement était un travailleur hors du commun. Issu d’une famille où le père avait plusieurs épouses et enfants, comme la plupart de nos papas du village, Jean Kuyo s’est engagé dès son jeune âge dans l’apprentissage de la soudure, un métier manuel qui  devait le propulser plus tard, dans le cercle très restreint des grands entrepreneurs ivoiriens. Jean Kuyo croyait dur comme du fer, au métier de la soudure, auquel il a consacré toute sa vie durant, du sérieux, du savoir faire et de l’amour. Pour se perfectionner dans ce métier qu’il a choisi, Jean Kuyo a parcouru plusieurs pays producteurs de pétrole où il a mis son art au profit des installations industrielles. Ainsi au  Gabon, en France, aux Etats Unis, dans les pays arabes ou en Lybie, etc. les tuyauteries des unités industrielles n’ont pas de secret pour Jean Kuyo.

 

Rentré en Côte d’Ivoire à la fin des années 70, il crée une petite entreprise de soudure à Abidjan, dans la commune de Koumassi. Mais Jean Kuyo est conscient que, bien qu’expert dans son domaine, il a besoin d’être à la fois théoriquement et techniquement assisté. C’est ainsi qu’il fait appel à son jeune frère Kessié Jean Marie diplômé du Centre d’Enseignement Technique Industrielle (CETI) d’Abidjan-Treichville zone IV. Grâce aux efforts conjugués de son frère consanguin Jean Marie Kessié, devenu son véritable bras droit, et Jean Kuyo lui-même, la petite entreprise de Koumassi prend progressivement de l’envergure et devient une véritable entreprise, l’entreprise Kuyopipeline. Elle obtient d’importants contrats à la Société de Ivoirienne de Raffinage (SIR) grâce à l’appui et le soutien du Ministre Ehui Koutoua Bernard, alors Ministre de l’Industrie.

 

Depuis cette date, l’entreprise Kuyopipeline n’a cessé de se développer en Côte d’Ivoire où elle s’occupe entre autres, de la pose du pipeline Abidjan-Yamoussoukro. Sur le continent africain, Kuyopipeline est également active au Tchad, en Afrique du Sud et au Cameroun. 

 

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Homme très actif, Jean Kuyo a vu sa santé décliner vers la fin de 2006, après le décès, le 20 mars de cette année, de son jeune frère Jean Marie Kessié, son homme de confiance et confident. Ce jour là, Jean m’a dit : « Bertin, c’est dur, j’ai perdu le meilleur de mes leviers ». Et je lui ai rétorqué : Boni, à qui le dis-tu ? je sais que c’est dur mais je te connais, tu sauras rebondir, prend courage.

 

Après ce premier coup dur et, deux ans après les obsèques de son jeune frère, une des filles de Jean Kuyo, âgée de 2 ans, fait une chute du haut d’un bâtiment de trois étages. Sur les instructions du Président Laurent Gbagbo, mon épouse et moi-même accompagnons Madame Sophie Kuyo lors de l’évacuation de l’enfant dans un hôpital en République Sud Africaine. En 2011, alors que Jean Kuyo lui-même se remet progressivement d’une longue cure en Europe, sa fille meurt, n’ayant pu survivre  à tant d’années de traumatismes. Cette même année, la mort emporte aussi Kessié Gbahonon Clémentine, la sœur aînée de Jean Kuyo.

 

Dans ces conditions de traumatismes aigues telles que décrites, Jean Kuyo est obligé de survivre et faire vivre son entreprise. Aussi, rentré récemment en Côte d’Ivoire après un long séjour médical passé en Europe et, alors qu’il ne s’est pas suffisamment remis de ses cures, il décide de se rendre au Cameroun pour y superviser les activités de son entreprise. C’est de ce pays ami que la famille apprend la nouvelle de sa disparition.

 

Jean Kuyo est un symbole de courage et de réussite. Homme discret, il s’est tenu hors des couloirs et des cercles politiques pour bâtir sa vie. C’est un homme qui s’est construit seul, par lui-même, à force de courage et de ténacité au travail. Il est la preuve physique ou matérielle de la philosophie de l’existence que nos pères de Mama nous ont enseignée, à savoir : « l’homme n’est rien à sa naissance mais, il doit se servir du génie qui est en lui pour se réaliser ». Jean Kuyo est notre fierté à Mama et à Blougokou mais au delà, il reste surtout un exemple pour la jeunesse de Côte d’Ivoire, ce pays qui a besoin des hommes du talent de Jean Kuyo pour se reconstruire. En cela, Jean Kuyo est de la lignée de Laurent Gbagbo, son aîné du même village et forgé selon les mêmes vertus. Venu à la vie par le travail, Jean Kuyo est mort en pleine activité professionnelle.

 

Toute fois, Jean Kuyo nous quitte dans un contexte particulièrement éprouvant pour notre famille et pour la Côte d’Ivoire tout entière. Pour la famille, nous perdons en Jean Kuyo un digne fils et un homme généreux à tous points de vue ; l’église de Mama qu’il était entrain de construire, entièrement financée sur ses fonds propres, n’est malheureusement pas achevée. Et moi-même son jeune frère, qui dois révéler ses mérites à la Côte d’Ivoire entière et recevoir tous ceux qui viendront le pleurer à Mama, je suis hors du territoire national. Tristesse ! Ceci dit, c’est au plan national que le départ prématuré de Jean Kuyo constitue un grand désastre car, le Président Laurent Gbagbo, premier responsable de ses funérailles est déporté à la Haye. Et pourtant, Laurent Gbagbo et Jean Kuyo sont deux fruits d’un même arbre dont Dieu a fait don à la Côte d’Ivoire moderne. Alors que Laurent Gbagbo continue de mobiliser la conscience politique ivoirienne et africaine, Jean Kuyo y a ajouté la mobilisation au travail et l’espérance, par l’accomplissement individuel. En Jean Kuyo, la Côte d’Ivoire perd assurément un grand chef d’entreprise.  

 

Dès que la nouvelle de la disparition de Jean Kuyo m’a été annoncée, j’ai appelé Sophie son épouse et Légré Désiré son frère cadet et ami d’enfance, pour les consoler. J’ai prodigué beaucoup de conseils à Désiré pour les obsèques. Je suis certes éprouvé mais, je ne désespère pas car, j’ai foi qu’il y a quelqu’un là-haut qui s’aura essuyer mes larmes.  J’ai de l’admiration pour Jean Kuyo. Adieu Jean, Adieu Boni, Adieu Blougohou.

 


  Bertin KADET   

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