La déception gagne du terrain aux seins des frci, le régime Ouattara en difficulté…

Publié le par thruthway

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Pour des raisons évidentes de sécurité, on ne dévoilera pas son identité. Mais l’homme est un soldat appartenant aux  Frci (Forces pro-ouattara) à la Garde républicaine. Là-bas, il ne fait que ruminer sa colère lorsqu’il voit chaque jour, la situation de dénouement total dans la quelle il vit avec ses frères d’armes. En fait, c’est comme si un triste sort continuait de s’abattre sur lui, depuis qu’il a été recruté dans ses champs de cotons dans le nord de la Côte d’ivoire par les hommes de Soro. On lui avait promis monts et merveilles à condition qu’il prenne les armes contre Gbagbo. Ce qu’il a d’ailleurs fait. A la fin, il se trouve aujourd’hui abandonné par ses patrons qui hier, l’adulaient en lui promettant des millions de Fcfa. Lisez plutôt son propre récit. Simplement émouvant.

 

«Depuis 2002, on nous a promis la somme de 5 millions de F.cfa. Pendant la crise postélectorale, on nous a demandé de venir à Abidjan pour faire partir Gbagbo. Nous sommes venus combattre à Abidjan. Mais jusque là, personne ne nous regarde. On ne s’occupe même pas de nous. Lorsque nous réclamons notre argent, on ne nous dit rien. Et nous apprenons qu’on veut nous envoyer au Mali. Ce sont des foutaises. Ouattara n’a qu’appeler ses chefs de guerre pour aller là-bas. Nous voulons notre argent. C’est tout. On n’ira pas au Mali», menace le soldat tout en colère. Et c’est la position partagée par une grande partie de l’armée ivoirienne. ils ne veulent pas suivre Ouattara dans ses aventures malienne. Ce que confirme d’ailleurs ce jeune combattant. «Si vous n’êtes pas sûrs de ce que je vous dis, ajoute-t-il, je peux vous montrer les traces des balles que j’ai pris dans les combats». Ce combattant qui ne cesse pourtant de vénérer plusieurs chefs de guerre, ne manque pas, en plus, de se plaindre des conditions dans les quelles ils vivent aujourd’hui à la Garde républicaine. Ce sont des conditions qui se passent de tout commentaire. «Actuellement où je vous parle, explique encore ce révolté, nous dormons sur des cartons à la Garde républicaine. Certains de nos frères d’armes ont pu avoir des nattes qui leurs ont été offertes par des amis. C’est sur ça que nous dormons. Est-ce que vous trouvez ça normal ? Monsieur, je vous dis que nous allons les réveiller un jour. Nous souffrons trop. On nous a trahis. Aujourd’hui, ils sont au pouvoir, c’est fini. Ils ne pensent plus à nous».

 

En tout cas, l’homme n’est pas sans trop de regrets. Il en a d’ailleurs davantage. Et à profusion. Au point de regretter l’homme contre qui ils ont pourtant pris les armes depuis septembre 2002. «On ne savait pas que la chose allait être comme ça. On nous a blagués. Je regrette sincèrement d’avoir pris les armes. Si c’était pour Gbagbo que j’avais mené ce combat, je suis sûr qu’il n’allait jamais me trahir. Ça, je suis sûr de le dire». On est étonné. Et pourtant, il n’y a pas encore un an. Mais comme le Président Gbagbo le disait lui-même, le temps est un autre nom de Dieu. Dieu a-t-il déjà commencé à faire son effet? Peut-être. Et ce n’est pas tout.

 

Il y a encore plus dur devant. Du moins, les hommes de Ouattara ne sont pas au bout de leur galère. «Moi qui vous parle actuellement, se plaint un autre, je ne peux pas retourner dans mon village. Depuis 2002, j’ai abandonné mes champs pour prendre les armes contre Gbagbo. On m’a promis 5 millions qu’on ne veut pas me donné. Ma femme m’a quitté, parce que depuis que je l’ai laissée au village, je n’arrive plus à lui envoyer de l’argent. Je ne peux pas arriver dans mon village. Car je n’ai rien pour retourner. Après plusieurs années passées dans l’armée, vous comprenez que je ne peux pas retourner dans mon village sans rien en poche. C’est une grande honte pour moi. On nous a dit que Alassane est un homme riche qui a beaucoup de relations dans le monde. On ne comprend plus rien». En somme, ils sont tous désabusés et abandonnés par le pouvoir qui a d’autres priorités. C’est pourquoi même pour des tests de recrutements dans l’armée, certains combattants se sentent exclus. «Ils savent que c’est nous qui avons fait la guerre. Mais pour recruter dans l’armée aujourd’hui, ils prennent leurs petits frères et amis. Pourtant, c’est nous qui avons donné notre poitrine. Mais on nous laisse. Est-ce que vous trouvez cela normal ? Nous n’allons pas nous laisser faire. Il faut qu’on nous donne ce qu’on nous a promis. On ne peut pas donner notre poitrine pour rien».

 

Lâche, bien entendu, le troisième combattant Frci, lui aussi déçu et très remonté contre le pouvoir qu’il accuse désormais de tous les maux. Il n’en pouvait être autrement. Car le fanatisme fait toujours place à la désillusion. Soro n’est donc pas le seul dans son maquis de Bouaké à regretter le Président Gbagbo. Dans cette situation, il n’y a que la population qui souffre. Car les Frci en colère ne font que multiplier les exactions dans les villes de l’intérieur. «Tous les éléments Frci que vous voyez qui commettent des exactions sur les populations, ce sont nos frères d’armes qui n’acceptent pas cette situation. Je ne dis pas que c’est la meilleure manière de faire, mais nous n’avons pas le même tempérament. Pour tromper les gens, ils disent que ce sont des faux Frci. On faisait pire que ça à Bouaké. Pourquoi en ce moment, on ne parlait pas de faux Frci ? Je suis à la Garde républicaine. Et pour ne pas nous donner l’argent qu’on nous promis, on dit que nous sommes des faux Frci. Nous n’accepterons pas ça».

 

Guehi Brence du quotidien "Le Temps"

gbrence02063193@yahoo.fr

Publié dans Sécurité intérieure

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