LE MARDI NOIR/ APRES GBAGBO, LES JOURNALISTES DE NOTRE VOIE DEFERES HIER A LA MACA

Publié le par thruthway

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Après 6 jours de détention arbitraire

 

Les journalistes de Notre Voie déférés hier à la Maca

 

Après 6 jours de détention abusive à la police criminelle, César Etou (directeur général par intérim et directeur de publication), Didier Dépry (Secrétaire général) et Boga Sivori (chef du service politique) de Notre Voie ont été déférés hier à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Et cela après avoir été inculpés et placés sous mandat de dépôt pour « incitation au vol, au pillage et à la destruction de biens d’autrui par voie de presse ». La décision leur a été signifiée dans le couloir du poste de police du parquet d’Abidjan où ils ont été déférés dans la matinée en provenance de la direction de la police criminelle où ils avaient passé cinq nuits en toute illégalité.

 

Les trois journalistes devraient être jugés d’ici à la fin de la semaine à l’audience des flagrants délits. Malgré cette inculpation, les journalistes restent sereins et pas vraiment affectés par cette décision de M. Noël Djè, le substitut du procureur. En tout cas, les journalistes que nous avons rencontrés au violon du parquet étaient décontractés devant leurs visiteurs. Ils avaient tous le moral lorsqu’ ‘ils échangeaient avec les confrères, les amis et les parents qui venaient leur témoigner leur solidarité et leur soutien.

 

Arrêtés depuis jeudi dernier et détenus à la police criminelle, César Etou et ses collaborateurs étaient initialement poursuivis pour des délits d’offense au chef de l’Etat et d’atteinte à l’économie nationale. Les trois journalistes de Notre Voie qui ont entamé une grève de la faim hier n’entendent pas du tout la rompre. Bien au contraire, ils projettent de poursuivre leur mouvement. César Etou, il faut le rappeler, outre ses fonctions à Notre Voie, est président de la commission du jury permanent du prix Ebony

Vincent Deh

 

 

Trois prisonniers de trop

 

Libres ? Non ! Ils ne sont plus libres. Ils sont enfermés depuis hier à la Maca. Loin de leur rédaction. Après 5 nuits de détention à la Police criminelle pour «offense au chef de l’Etat » et « atteinte à l’économie nationale » à cause de deux simples papiers, César Etou, Didier Dépry et Boga Sivori sont catapultés dans le ventre du monstre. Ils rejoignent en prison leurs confrères Franck Anderson Kouassi, ex-président du Conseil national de la communication audiovisuelle (Cnca), Norbert Gnahoua Zibrabi, patron de L’oeil du Peuple, et Hermann Aboa, ex-journaliste à la Rti. Ils sont tous des symboles sacrificiels du nouveau régime. 9 journalistes incarcérés dont 3 en liberté provisoire.

 

En 7 mois de pouvoir, c’est un triste palmarès. Là où on prétend semer une démocratie et préparer une croissance économique à deux chiffres, c’est la terreur qui règne. A qui le tour après ce tsunami sur Notre Voie ? Silence, les journalistes de la presse libre sont tous en sursis. Mais cette atmosphère de précarité planifiée imposée à un groupe de journalistes ne doit pas borner les esprits de toute part. Bien au contraire, elle doit laisser une place à l’humain.

 

Même si c’est le début d’un cauchemar, il faut ouvrir le débat sur la démocratie. Dommage que la liberté d’expression et de la presse foute ainsi le camp. Se demander combien de temps cela durera-t-il encore, c’est ordonner que le temps s’arrête. Mais la lutte doit continuer ! Avec ou sans les prisonniers du système de la honte qui se met chaque jour à nu.

 

Schadé Adédé

 

 

 

Un autre mardi noir

 

 

L’histoire se répète avec toujours les mêmes acteurs et sur le même espace. On n’est pas dans la fiction, mais bien dans la réalité vivante de la politique ivoirienne. Comme en 1992, le choc se produit encore un mardi. On dirait que le plan a été bien conçu hier mardi 29 novembre.

 

De façon concomitante, un mandat d’arrêt de la Cpi a été remis au président Laurent Gbagbo à Korhogo, et à Abidjan un mandat de dépôt contre trois journalistes de Notre Voie. Disons que le transfèrement de Gbagbo à la Cpi est toujours resté une préoccupation majeure d’Alassane Dramane Ouattara. Le coup porté aux Ivoiriens ce mardi par les tenants du pouvoir est dur, très dur. Gbagbo poursuivi pour des motifs ridicules et 3 journalistes de Notre Voie, en l’occurrence César Etou Didier Depry et Boga Sivori inculpé pour incitation au vol, pillage et à la destruction de biens d’autrui par voie de presse. Ne rions pas, nos libertés sont en péril. On le voit, dans le scénario qui se produit sous nos yeux, on retrouve Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié qui savent toujours se mettre ensemble quand il s’agit de faire mal à Laurent Gbagbo et aux siens. Ces mêmes étaient ensemble contre le même Laurent Gbagbo alors qu’il était dans l’opposition. On se rappelle que le mardi18 février 1992, Gbagbo, son épouse, ses camarades du Fpi, des démocrates et des syndicalistes ont été emprisonnés par le trio Félix Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié s’appuyant sur leur justice à eux, c’est-àdire une justice aux ordres.

 

Environ 20 ans après, Ouattara et Bédié unis par leur appartenance à l’houphouetisme, retroussent leurs manches et bandent leurs muscles contre le même Gbagbo. Le jour choisi est encore un mardi. Sous la poussée de ces deux, un mandat d’arrêt de la Cpi est notifié à Gbagbo. Il est en fait livré à la justice internationale comme Ouattara et Bédié l’ont toujours souhaité. C’est ce mêmes mardi 29 novembre 2011 que 3 journalistes du quotidien Notre Voie proche de Gbagbo sont déférés à la Maca.

 

De 1992 à 2011, la guerre engagée contre Gbagbo par les houphouétistes connaît un rebondissement. Doit-on penser que cette foisci cette guerre est à son aboutissement en voyant de façon imminente l’éloignement de Gbagbo de la Côte d’Ivoire ? Nul ne le sait encore. Seulement on réalise que dans le scénario, la victime est toujours le même Laurent Gbagbo et les bourreaux se mettent dans la peau des victimes pour sévir. C’est ça la justice des vainqueurs. Mais, est-ce vraiment la fin du fin ou n’est-ce que la fin de la première saison? Seul l’avenir le dira.

 

Benjamin Koré

benjaminkore@yahoo.fr

 

 

Déclaration de l’Unjci à propos de l’arrestation des confrères de Notre Voie

 

Le Conseil Exécutif de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) a appris l’interpellation de trois journalistes du quotidien Notre Voie, à savoir César Etou (Directeur Général par intérim et Directeur de publication), Didier Dépry (Secrétaire Général de la rédaction) et Boga Sivori (chef du service politique) le jeudi 24 novembre 2011 par la direction de la police criminelle agissant sur instruction du procureur de la République d’Abidjan-Plateau. Ils ont été interpellés pour des délits d’offense au chef de l’Etat et d’atteinte à l’économie nationale.

 

L’UNJCI note avec regret que six jours après leur interpellation, ils viennent d’être inculpés et seront jugés en flagrant délits. La loi de 2004 portant régime juridique de la presse qui interdit la détention des journalistes pour des délits de presse n’a visiblement pas été prise en compte par le parquet d’Abidjan.

 

L’Unjci considère cette arrestation comme une atteinte et une violation de la liberté de la presse et élève par conséquent une vive protestation contre cette arrestation qui intervient dans un climat où la réconciliation et le pardon sont prônés par les autorités et estime que cette autre arrestation des journalistes dans l’exercice de leur métier porte une atteinte grave à l’image de la Côte d’Ivoire démocratique.

 

L’Unjci demande la libération des trois journalistes et leur apporte son soutien, tout comme aux journalistes de la radio-diffusion télévision ivoirienne qui ont été mis en chômage technique récemment. L’Unjci interpelle les autorités judiciaires ivoiriennes afin de garantir la liberté de presse.

 

 

Fait à Abidjan, le 29 novembre 2011

P/Le Conseil Exécutif de l’UNJCI

Mam Camara

 

Source: Notre voie

Publié dans Droit de l'homme

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