« Le peuple WE n'est pas le cadeau pour récompenser les Dozos»

Publié le par thruthway

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Donatien Goué Yorot (Président de la fédération des WÊ USA-CANADA) à Ouattara :

 

« Le peuple WE n'est pas le cadeau pour récompenser les Dozos»

 

Le vendredi 20 juillet 2012, les réfugiés Wê de Nahibly, ont été la cible d’une attaque meurtrière par les Frci, les miliciens pro-Ouattara et les Dozos (chasseurs traditionnels). Cette randonnée macabre qui illustre bien la thèse d’un génocide planifié, chiffre le nombre de victimes à 230. Les attaques récurrentes contre un peuple déjà affaibli, l’indifférence et surtout la réaction injuste du Chef de l’État Alassane Ouattara justifiant ces tueries, ne cessent de soulever la colère et l’amertume au sein de la diaspora Wê. C’est fort de cela que Donatien Yorot, président de la fédération des Wê de l’Amérique du Nord, USA-CANADA, exprime son indignation à travers cette interview.

 

Après plusieurs massacres, nous voici encore à Nahibly toujours dans la région de Duékoué. Comme si la tragédie poursuivait votre peuple. Comment se sent la Diaspora WÊ de l'Amérique du Nord dont vous êtes le président?

 

Permettez-moi s'il vous plaît avant toute chose, de présenter au nom de tous les WÊ de l’Amérique du Nord USA-CANADA, et en mon nom personnel, mes plus vives condoléances aux familles de ces victimes. Nous prions, afin que le Seigneur qui est le Dieu consolateur puisse toucher le cœur de ces personnes éplorées en leur apportant le réconfort moral dont elles auront besoin pour traverser cette difficile épreuve.

Sincèrement, je ne sais trop quoi penser face à cette avalanche de souffrance à laquelle est soumis le peuple WÊ. Nous sommes tous sous le choc. Nous ne nous attendions pas à cela pendant que le gouvernement prône la réconciliation. Non, je pense que fois-ci nous sommes en face d'un génocide et les mots me manquent pour traduire le sentiment de colère et de grande amertume ressenti par les WÊ de l'Amérique du Nord. Un an et plus après le massacre de Duékoué-Carrefour, l’histoire se répète atroce comme une malédiction.

 

Que pensez-vous de la réaction et la version des faits du Chef de l’État?

 

Mais écoutez, nous sommes choqués et scandalisés devant l’indifférence, le manque de sympathie et surtout la version des faits de Mr Dramane Ouattara suite aux tueries de Nahibly. De toutes les façons, rien ne nous étonne. Il y va désormais de la responsabilité collective de tous les Ivoiriens de se prendre en main et d’exiger de ce gouvernement des mesures soumettant le permis de possession d’armes à des cas très limités. Ce n’est pas normal que dans un pays surtout dans les zones rurales, nous retrouvons autant de gens surtout des étrangers, armés jusqu’aux dents alors qu’ils n’en ont pas le droit. Si Mr Dramane Ouattara veut s’élever à la hauteur d’un président responsable, il doit tout de suite s’engager dans une telle démarche avec les risques qu’elle comporte car ce sont ses partisans qui sont illégalement armés. Sa crédibilité qui était légèrement entachée au départ par les conditions de son accession au pouvoir commence sérieusement à s’effriter le mettant au rang de personnes peu fréquentables.

 

Quelles actions entendez-vous mener relativement à cette situation?

 

Depuis les événements, nous avions installé une cellule de crise qui est en contact permanent avec des gens sur le terrain. Au sein de la diaspora, nous nous organisons pour mener des actions communes. Je suis en étroite collaboration avec certaines associations Wê dont ceux de la Suisse et du Royaume Uni. Lundi dernier, nous avions eu une conférence téléphonique avec nos frères du Canada, et le président Théodule Tikoye du royaume Uni. Les manifestations éclatées auront bientôt lieu très bientôt en Amérique du Nord et à travers le monde entier. Nous allons intensifier nos rencontres avec nos frères de l'Europe, et mettre une puissante organisation en place avec des avocats internationaux pour défendre les intérêts des régions Wê. Nous sommes en train de préparer un grand colloque des Wê de l’Amérique du Nord lors duquel seront invités tous les Wê de la diaspora y compris ceux de l’Afrique pour débattre des sujets touchants nos régions respectives. Au début de l’année 2013 nous prévoyons également une rencontre en Europe avec les différentes organisations et associations Wê résidant sur ce continent. Mais en ce moment, nous avons à l’ordre du jour une marche prévue le vendredi 24 août 2012, à New York, devant les locaux de l’Onu.

 

Étant donne que l'Onuci est accusée de complicité avec les Frci, pensez-vous que les marches changeront quelque chose?

 

Les marches que nous allons organiser, seront une façon pour nous de dénoncer à la face du monde entier le génocide du peuple Wêet dire en même temps à nos gouvernants que trop c'est trop. Nous allons saisir nos Ambassades, les Représentants du peuple WE, à l'Assemblée Nationale pour dire qu'il faudrait que les Dozos et Burkinabés quittent l'Ouest. Ils ne font pas partie de l'Armée ivoirienne. Et nous envoyons un message très fort aux autorités ivoiriennes disant que le peuple Wê n'est pas le cadeau pour récompenser les Dozos qui ont combattu pour eux. Concernant l'Onuci, nous condamnons leur façon de protéger la population et nous leur demandons de faire leur travail correctement selon la Charte de l'Onu, celui d'être vigilant et de ne pas se laisser manipuler par qui que ce soit. Leur présence en terre ivoirienne, devrait nous soulager. Le monde entier suit de près ce qui se passe dans cette partie du monde. Sinon, comment pouvez-vous comprendre que pour surveiller 5000 personnes, on ne peut pas avoir le quart du nombre de casques bleus, surtout que la région reste toujours une zone sensible?

 

Revenons-en à la réconciliation nationale, les récents événements risquent d'être une entrave à celle-ci, qu'en pensez-vous?

 

Le président Konan Banny sait que le peuple WE a été sincère lorsqu'il s'est rendu à l'Ouest. Mais comment peut-il réconcilier lui-même un peuple à qui on a tout pris, un peuple qu'on continue de massacrer, un peuple qui pleure avec ses propres bourreaux. Je me pose des questions concernant le rôle du ministre Banzio, du ministre Ouloto, etc., auprès du Président Alassane concernant le peuple WE. Le Président Banny est conscient que tant que les Dozos seront maintenus à l'Ouest, il ne pourra pas réussir sa mission qui est une mission pourtant noble. Il est celui qui doit porter espoir à l'Ouest.


Interview réalisée par

Germain Séhoué

gs05895444@yahoo.fr

Publié dans Actualités politiques

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