LES CONTRADICTIONS DE FOLOGO « Le combat de Gbagbo mérite d’être poursuivi…Mais je ne ferai rien contre Ouattara »

Publié le par thruthway

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Une semaine après l’assemblée générale du Congrès national pour la résistance et la démocratie (Cnrd) qui l’a désigné 1er vice-président de ce mouvement politique favorable au Président Gbagbo, Laurent Dona Fologo parle. Dans l’entretien, l’ex-président du Conseil économique et social lève un coin de voile sur sa stratégie…


Faut-il lui faire de nouveau confiance après avoir été parmi les premières personnalités à faire allégeance à ce régime illégitime au lendemain du coup d’Etat contre le pouvoir du président Gbagbo ? A chacun de juger…

 


Notre Voie : Le Cnrd vient de renouveler ses instances. Vous occupez désormais le poste de 1er vice-président avec les pleins pouvoirs. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?


Laurent Dona Fologo : Depuis l’arrivée du nouveau pouvoir au sommet et depuis que nous, les présidents des institutions, avons été débarqués pour des raisons politiques, j’ai évité de dire publiquement un seul mot concernant cette situation. Parce que je suis partagé dans mes réflexions. J’ai dirigé le Pdci pendant 10 ans y compris deux ans de président par intérim. C’est le président du Pdci alors chef de l’Etat qui portait l’étendard de ce qu’on appelait l’ivoirité. En tout cas, ce que je peux affirmer, c’est qu’il a dit que l’actuel chef de l’Etat n’était pas ivoirien. En 1999, il m’a envoyé personnellement à Paris, accompagné de Me Ahoussou Kouadio, aujourd’hui ministre d’Etat et Garde des sceaux ainsi que mon ami, Alain Caucotrey, membre du bureau politique du Pdci, pour expliquer dans les grands médias et démontrer ce qu’il affirmait en Côte d’Ivoire. Parce qu’il avait le sentiment que l’opinion française ne comprenait pas sa prise position. Nous avons fait cette mission.

 

Nous sommes revenus la veille du fameux discours incendiaire à l’Assemblée Nationale, le mercredi 22 décembre 1999. C’est ce vent qui nous a emportés. Je rappelle qu’à la mort du Président Houphouët en 1993, j’ai été de ceux qui se sont battus pour l’application de la Constitution. Alors aujourd’hui voir que cette même personne qui nous avait engagé dans cette voie est devenu le meilleur ami du chef de l’Etat actuel, il est pratiquement le vice-président aujourd’hui, on l’appelle « grand-frère » et les gens se rendent auprès de lui à longueur de journée pour prendre des décisions. Alors mettez-vous à notre place.

 

C’est pourquoi personnellement je me dis si derrière M. Bédié, nous nous sommes trompés, nous devons tous être pardonnés. Puisque M.Bédié, le chef de fil, est aujourd’hui vice-président. C’est la raison pour laquelle je ne me battrai pas contre Ouattara. Je ne gênerai pas l’action de son gouvernement. Quelles que soient les conditions dans lesquelles il est parvenu au pouvoir, nous devons prendre acte de ce qu’un nouveau régime s’est installé au sommet de notre pays. Tel est mon état d’esprit.


N.V : Est-ce aussi celui du Cnrd ?


L.D.F : J’estime que telle doit être l’attitude de toute l’opposition face à ce régime. Ce n’est pas la peine de revenir en arrière pour des choses contre lesquelles nous ne pouvons rien. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est l’avenir de notre pays et les conditions de vie de nos populations. C’est pourquoi, je suis pour une opposition sérieuse, forte et patriote. Ce n’est pas parce qu’on n’est plus au pouvoir qu’on doit cesser d’aimer la Côte d’Ivoire. Le Cnrd me paraît comme un pont qui peut faciliter le dialogue entre la vraie opposition et le pouvoir. Il faut que l’on cesse de donner à l’opposition cette image de casseurs et de brûleurs. Non, il faut arrêter ça !

 

L’opposition dans les grands pays est consultée par le pouvoir. Elle peut ne pas être d’accord avec le gouvernement mais personne ne détient la vérité absolue. C’est pourquoi je suis pour une nouvelle manière de s’opposer tout en continuant de travailler pour son pays. Le Cnrd peut jouer un tel rôle.


N.V : Votre vision est-elle partagée par les autres formations politiques et associations du Cnrd ?


L.D.F : Le Cnrd est composé d’une quinzaine de partis politiques. Certains sont plus puissants que les autres. Mais nous sommes ensemble pour essayer d’organiser l’opposition ivoirienne parce que comme le disait un jour, le Président Gbagbo et il avait raison, nous arriverons à un moment où il y aura deux forces en Côte d’Ivoire, le pouvoir et l’opposition. Le pouvoir gouverne et l’opposition s’oppose de façon sérieuse et responsable. Non pas pour renverser le pouvoir. Il faut qu’on sache dans ce pays qu’on n’accède au pouvoir que par les élections. Nous avons ouvert la voie, on ne peut plus revenir en arrière.


N.V : Qu’est-ce qui a changé au Cnrd depuis le renversement du Président Gbagbo ?


L.D.F : Ce qui a changé, c’est que premièrement, les camarades ont estimé qu’il fallait renforcer les pouvoirs du 1er vice-président pour permettre à notre doyen qui a 96ans, M. Bernard Badié, de se reposer un peu. Aujourd’hui, Bernard Dadié est notre force morale. Nous devons le ménager. C’est pourquoi j’ai accepté de me mettre à ses côtés pour organiser l’opposition. Deuxièmement, nous avons remplacé la secrétaire générale. C’était madame Simone Gbagbo. Elle n’était pas seulement Première Dame, elle était d’abord militante. Elle avait une force que nous reconnaissons tous. Nous l’avons remplacée par la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Mme Agoh Marthe.

 

L’esprit a aussi changé. Je suis sûr qu’en rassurant le gouvernement, en reconnaissant certaines erreurs que nous aurions faites, le pouvoir sera conduit à réviser sa position et peut-être que nos camarades reviendront tous en Côte d’Ivoire. C’est à cela que je voudrais servir.


N.V. : Le nouveau chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, a effectué, du 25 au 28 janvier dernier, une visite officielle en France. Justifiant face à la presse française, les nominations tribales constatées dans l’armée e t l ’ administration ivoiriennes sous sa gouvernance, il a soutenu qu’il posait des actes de rattrapage. Parce que, selon lui, les cadres du nord auraient longtemps été ignorés par les régimes précédents. Vous qui êtes un haut cadre originaire du nord, comment avez-vous accueilli une telle déclaration ?


L.D.F. : C’est triste de parler de nominations et de promotions selon les ethnies. Cela veut dire que nous sommes encore loin de la démocratie. Pour moi, un ivoirien est un ivoirien. Sous le Président Gbagbo, il est arrivé un moment où tous les leaders étaient originaires du nord. Le Premier ministre, Guillaume Soro; le président de l’Assemblée nationale, Koulibaly Mamadou ; le président du Conseil économique et social, Dona Fologo ; le Grand chancellier, Yssouf Koné. A cette époque, j’avais même dit à quelqu’un si les gens voient cette configuration au sommet de l’Etat, on peut penser que M.Gbagbo ne doit son arrivée au pouvoir qu’aux gens du nord. Ce qui n’était pas exact.


Quand le nouveau chef de l’Etat s’est installé, il a débarqué tous les présidents d’institutions. Sauf celui de l’Assemblée nationale, parce que c’est un cas à part. Je n’ai pas dit un seul mot. On doit choisir en fonction de ses options, en fonction du soutien qu’on a eu de tel ou tel. Moi, je suis du nord. Mais le chef de l’Etat m’a débarqué parce qu’il estime que je ne l’ai pas soutenu pendant le combat et je pense qu’il a raison. Moi, j’assume. Mais en même temps, sachant que le pays est diversifié, les nouveaux tenants du pouvoir doivent en tenir compte.


N.V : Alassane Ouattara a aussi signé un accord militaire de défense avec le Président français, Nicolas Sarkozy, qui maintient l’armée française en Côte d’Ivoire. Quel est votre opinion sur cet accord signé sans l’avis des Ivoiriens ?


L.D.F : je voudrais éviter de parler de ce que j’ignore. Je ne connais pas les affaires militaires. Mais pour le principe, le Président Gbagbo avait dit : « un moment viendra où je mettrai fin aux accords militaires avec la France ». Un pays doit aller progressivement vers la vraie indépendance. Aujourd’hui dès qu’on parle d’initiatives nouvelles, ça fait trembler les ivoiriens. Mais ce chemin est inévitable. Si ce n’est pas Gbagbo, ça sera un autre, un jour. Le pays aura un jour, sa monnaie, peut être commune avec d’autres voisins, c’est inévitable. Ce pays aura un jour une armée solide qui n’aura pas besoin d’instructeurs d’une armée étrangère. Ce pays sera un jour maitre de son économie. C’est une voie qui est inévitable. Le Président Houphouët nous disait : « l’indépendance que j’ai obtenue avec mes amis est une indépendance nominale. C’est une indépendance politique.

 

La vraie indépendance, c’est vous les jeunes qui l’obtiendrez. Vous aurez à la conquérir. Elle ne vous sera pas donnée cadeau. Parce qu’il s’agira de la lutte d’intérêts. Dès que vous arriverez à ce niveau-là, le combat sera difficile. Pour le réussir, il faut former la jeunesse. Il faut que la jeunesse maitrise la technique et la technologie. Notre jeunesse parlera d’égal à égal avec les jeunes des pays développés et pourra se trouver au niveau où on prend les décisions nous concernant. Voilà la vraie indépendance ». Est-ce que c’est ce moment-là qu’incarnait M. Gbagbo ? L’histoire nous dira. Mais je dis que ce chemin est irréversible. C’est pourquoi j’estime que cette affaire de militaires français en Côte d’Ivoire constitue une parenthèse. Elle se refermera. Soyons patients.


N.V: Que devient votre parti politique, le RPPP ?


L.D.F : Le RPPP se porte bien. Il est vrai que nous n’avons pas atteint ce que nous voulions. Au moment où nous avons lancé ce nouveau parti, nous avions dit que nous voulions avoir un groupe parlementaire qui pourrait s’associer à d’autres groupes à l’intérieur du parlement. Lorsque nos amis ont lancé l’appel à la non participation aux législatives, nous étions hors du pays et nous avions été gênés parce que nous ne visions que le Parlement. Et nous avions déjà désigné certains de nos candidats. Mais nous avons montré que nous sommes solidaires. Le Président Houphouët nous a appris que la politique, c’est la saine appréciation des réalités. Il s’agissait pour nous de ne pas lâcher nos amis de l’opposition et ne pas bloquer nos amis membres du RPPP. Certains se sont présentés en indépendants et ont été élus. Ils vont faire la démarche et se déclarer RPPP dès que la nouvelle Assemblée nationale sera installée. Heureusement pour nous, ils ne sont pas parmi les 11 qui ont été recalés. Donc nous aurons quelques députés.


Si tout avait été normal, notre ambition était de former un groupe parlementaire et exiger d’avoir accès au financement des partis. Il serait souhaitable que les nouveaux partis comme le mien aient aussi accès au financement des partis pour favoriser l’émergence de la démocratie en Côte d’Ivoire.


N.V. : Quelles sont les nouvelles récentes du secrétaire général du Rppp, le ministre Ouattara Gnonzié ?


L.D.F : Notre secrétaire général se trouve avec les autres exilés à Accra. Vous savez Ouattara Gnonzié est un garçon sérieux et travailleur. Il travaillait beaucoup aux côtes de Mme Gbagbo au Cnrd évidemment avec mon accord. Et je pense que c’est ça qui lui valu d’être nommé ministre. Vous voyez qu’on ne nommait pas un ministre parce qu’il est de la basse côte ou parce qu’il est Bété. On l’a nommé parce qu’il travaillle bien. J’étais très content qu’il ait été nommé ministre. Comme aujourd’hui je serais content qu’il revienne. Nous sommes en contact et je m’inquiète souvent de l’état de santé de tous ceux qui sont d’ailleurs à Accra comme lui.

 

Au cours des négociations que j’engagerai avec le pouvoir, je demanderai son retour. Il n’a aucune intention de nuire à qui que ça soit.


N.V. : Que pensez-vous des violences qui ont été exercées sur les militants du Fpi lors du meeting de ce parti à Yopougon, le 21 janvier dernier ?


L.D.F : J’étais invité à ce meeting. Le Cnrd était invité puisque le Fpi est membre du Cnrd. Nous nous sommes réunis et nous avons désigné une délégation de 6 personnes pour représenter le Cnrd. Mais les amis du Fpi insistaient sur ma propre présence. Je leur dit que s’ils veulent que je joue demain un rôle qui leur soit favorable au pays, il faut que pour le moment, qu’ils me laissent un peu de côté bien que je sois vice-président du Cnrd. En plus, le 21 janvier dernier, j’avais un enterrement à 10h pour un vieux de chez moi à Abobo. C’est de là-bas que j’ai reçu le premier coup de fil qui m’a annoncé que c’était le branle-bas à Yopougon-Ficgayo. Qu’on laisse chaque parti manifester librement et gérer la vie politique comme il l’entend. Je suis contre la violence. C’est pourquoi je dis nous voulons une opposition sans belligérance. Mais une opposition de propositions nouvelles, d’écoute et de respect des institutions. Donc si nous faisons un effort pour que les discours soient plus responsables et conforment aux réalités actuelles, je pense que les autres devraient faire aussi un effort pour que leurs forces armées qui sont éparpillées partout nous laissent faire nos manifestations politiques. C’est cela qui caractérise un Etat de démocratie et de droit.

 

D’abord les organisateurs ont eu beaucoup de mal à obtenir la place Ficgayo, parce que leur lieu habituel, la place de la liberté, est occupée par les Frci. Mais lorsque Ficgayo est obtenu avec l’accord du ministre de l’intérieur, on n’a pas laissé le meeting se tenir sereinement. Ce n’est pas normal.

Interview réalisée par Boga Sivori

bogasivo@yahoo.fr

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