Les enquêteurs Cpi dans le bourbier créé par la rébellion

Publié le par thruthway

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Du charnier de Monoko Zohi aux dernières tueries de Vavoua, en passant par les génocides de Petit Duékoué et de Guitrozon et les massacres de Taï, la rébellion aura, pendant 10 années, défiguré l’Ouest montagneux ivoirien. « Le Temps » revient ici sur des crimes que les experts de la Cpi découvrent.

 

 

Des villages entiers rayés de la carte du pays. Des milliers de cadavres qui jonchent les terres arables de l’Ouest montagneux. Des bandes rebelles qui désolent les populations…

 

Lorsque la rébellion éclate, le décor offert à la région est affreux. Par vagues, les populations fuient la barbarie des rebelles. Pour joindre des zones mieux sécurisées. Dès 2002, par la faute de la rébellion, l’ouest montagneux n’est plus qu’un champ de désolation où la mort semée par Le Mpci de Guillaume Soro et ses démembrements fauche d’innocentes victimes.

 

Au commencement était Sam Bokarie, allié des rebelles

 

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Lorsque le coup d’Etat avorté du 19 septembre 2002 contre Laurent Gbagbo se mue en une rébellion, l’ouest du pays est un double enjeu stratégique pour les rebelles de Guillaume Soro et de Luis-André Dacoury Tabley, au départ. Comment éviter à leur mouvement de prendre de l’eau à partir du Libéria et de la Sierra Leone où les guerres ont créé une instabilité difficile à gérer?

 

De quelle façon s’assurer le contrôle de la région ouest en trouvant des alliés au sein des bandes armées de l’autre côté de la frontière ? Ces questions étaient d’autant plus importantes pour les rebelles que la frontière ivoiro-libérienne, perméable à souhait, posait le problème de la «sécurisation» des positions de la rébellion. Ils se proposent donc de pactiser avec les clans armés qui y sévissaient, pour s’assurer le soutien. Et celui avec qui les leaders du Mpci prennent attache n’est pas un homme ordinaire. Il s’agit du «général» Sam Bokarie dit «Mosquitos», ex-caporal de Fodé Sanko pendant la guerre en Sierra Leone, qui a fait aussi parler de lui au Libéria comme ancien collaborateur de Charles Taylor.

 

Sa carte de visite est tristement impressionnante car les actes de cruauté qu’on lui prête sont sans limite. Les razzias, le pillage des ressources minières, le saccage des villages, les viols de jeunes filles, les méthodes d’amputation de membres dites «manches courtes» ou «manches longues», les sévices sur des femmes enceintes qu’on éventre pour expulser les foetus… l’ont confirmé comme un tueur implacable. Au moment où les rebelles ivoiriens, appuyés par les forces françaises, se lient avec Sam Bokarie, il est connu à l’Onu qui a lancé un mandat d’arrêt international contre lui. C’est cet homme qui, dès septembre 2002, est chargé d’organier, pour le compte du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (Mpci) de Soro et du Mouvement populaire ivoirien du grand Ouest (Mpigo) de Doh Félix, l’entrée en Côte d’Ivoire des soutiens libériens de la rébellion, pour combattre l’armée régulière. «Mosquitos» accepte.

 

Mais la rébellion ivoirienne n’a pas de soldes à verser aux mercenaires recrutés. Le Mpci leur propose donc de «se payer en nature» à l’Ouest par des actions extramuros de pillage, à partir du Libéria. Un «accord» dont les conséquences seront plus que dramatiques pour les populations de l’Ouest. Les rebelles ivoiriens venaient de les livrer à la cruauté de tueurs sans pitié. 15. 000 mercenaires libériens et Sierra léonais, selon nos sources, entrent en action. Ce sont des hordes sauvages qui mettent l’Ouest à feu et à sang, en emportant vivres et biens sur leur passage. Ils éventent impitoyablement tout ce qui bouge, pendant que les rebelles massacrent les innocents à

Bouaké. Les populations traumatisées, prennent, à pied, le chemin de l’exil. Des villages entiers se vident. Des hameaux sont incendiés jusqu’à la dernière case.

 

L’Ouest ivoirien s’embrase, sur fond de clivage ethnique entretenu à dessein par la rébellion entre Dan et Wê.

 

Le mauvais calcul de la rébellion

 

Mais les alliés libériens des rebelles ne s’arrêtent pas là. Dès janvier 2003, ils outrepassent les termes de leur «contrat» en organisant pour leur propre compte un vaste réseau de trafic en tout genre. Or, diamant et produits de contrebande transitent entre leurs mains, avec, dans un premier temps, la complicité de la rébellion ivoirienne qui en profite. Mais très vite, les cols blancs de la branche politique de la rébellion vont déchanter. En effet, alors qu’ils s’attendent à ce que «Mosquitos» et ses hommes s’impliquent activement dans les combats pour faire chuter le Président Laurent Gbagbo, Sam Bokarie lui, poursuit un but bien différent. L’homme est plutôt préoccupé par le trafic d’or et de diamant pour lequel le Liberia lui sert de base arrière. Lui et ses bandes délaissent les combats pour faire de ce commerce juteux leur principale activité. Allant jusqu’à s’enrichir sur le dos de la rébellion ivoirienne.

 

Aussi le clash ne tarde t-il pas à survenir entre «Mosquitos» et les rebelles ivoiriens qui comprennent qu’ils ont certainement fait une mauvaise affaire. Pis, l’atmosphère au sein de la rébellion devient malsaine. D’autant plus qu’on soupçonne Doh Félix, de son vrai nom n’Dri N’Guessan Saint Clair, chef du Mpigo, le mouvement rebelle qui contrôle le grand Ouest, de prendre part au trafic et de recevoir sa part du butin. La rébellion décide donc de se débarrasser nos seulement de ces alliés devenus gênants, mais aussi du chef rebelle de l’Ouest dont il ne voit pas d’un bon oeil les accointances avec «Mosquitos».

 

En plus, Doh Félix (pseudonyme donné pour entretenir la confusion sur l’appartenance ethnique de n’Dri N’Guessan Saint Clair) est accusé d’«insubordination» vis-à vis de Bouaké.

 

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Doh Felix

 

La situation va prendre très vite une tournure tragique. Le 25 avril 2003, le sergent N’Dri Saint Clair dit Doh Félix est tué sur l’axe Danané-Gbinta. Officiellement, il serait «mort en mission, au cours d’une opération». Mais des sources crédibles affirment qu’il a été attiré dans un guet apens et assassiné par les rebelles, au terme d’une expédition punitive conduite par les hommes de Shérif Ousmane, alors Com’ zone de Bouaké. Il n’inspirait plus confiance. Puis, quelque temps après, c’est le redoutable Sam Bokarie lui-même qui tombe. Il est abattu, quelques semaines plus tard, dans des conditions obscures. Le roi de l’amputation aurait été pris dans une embuscade tendue par les hommes du même Shérif Ousmane.

 

Génocides, massacres collectifs, charniers…

 

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Mais les effets du pacte maléfique avaient déjà commencé à infliger une hideuse balafre à l’Ouest montagneux où les atrocités commises par les rebelles et leurs alliés ont plongé les populations dans l’horreur. Le 6 décembre 2002, soit deux mois après le déclanchement de la rébellion, les soldats français déployés le long de la ligne de front entre les rebelles et les forces loyalistes font une horrible découverte à Monoko Zohi, un petit bourg situé à 70 km au nord-est de Daloa. Un immense charnier sur un site de 30 m de long sur 2. 

 

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La Croix rouge appelle les rebelles à la «retenue», dans cette zone placée sous le contrôle de Koné Zakaria, Com zone de Vavoua et de Séguéla au moment des faits.

 

Trois ans après ces actes odieux, les rebelles récidivent. Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, plus de 40 personnes sont massacrées à Petit Duékoué et dans les villages autochtones de Guitrozon et de Daipahi, à l’entrée de la ville de Duékoué, par de bandes rebelles. Mais au nom de la Paix, le président Laurent Gbagbo demande aux populations de l’Ouest de pardonner aux rebelles et de se joindre au processus de paix, à la suite du Dialogue direct qui a abouti à l’Accord politique de Ouagadougou (Apo) en 2007. Après les Accords d’Accra et de Pretoria. La jeunesse de l’Ouest entend son message de paix et les groupes d’auto défense constitués pour lutter contre les agresseurs acceptent de renoncer définitivement aux armes.

 

Mais la situation sécuritaire dans cette région était devenue particulièrement précaire et les populations de l’ouest du pays n’étaient hélas pas au bout de leurs peines, face aux instincts criminels des désormais ex-rebelles des zones ex-assiégés, en vertu de l’Apo.

 

Crimes de guerre et tueries gratuites

 

 

En mars 2011, quand, à la suite de l’imposture électorale par laquelle les comploteurs ont volé la victoire du candidat de La majorité présidentielle au scrutin du 28 octobre 2010, la France et ses alliés, refusant le recomptage de voix, décident de mettre en œuvre l’«option militaire» contre le président Laurent Gbagbo, l’Ouest de la Côte d’Ivoire est encore dans le viseur des ex-rebelles devenus entre temps «Forces pro-Ouattara», puis Frci.

 

Le 29 mars 2011, ces ex-rebelles massacrent plus de 1000 personnes à Duékoué, ville martyr. Les rapports des organisations des Droits de l’Homme et de la division des Droits de l’Homme l’attestent et le confirment. «Dès la matinée du 29 mars 2011, les Frci, accompagnées par les Dozos ont totalement pris le contrôle de Duékoué et, dans les heures et les jours qui ont suivi, des centaines de personnes appartenant à l’ethnie Guéré ont été assassinées délibérément et de manière systématique, à Duékoué et dans certains villages environnants, uniquement en raison de leur appartenance ethnique», explique le rapport d’Amnesty international du mois de mai 2011.

 

Mieux, les juges de la Haye ont estimé, à la suite de ces tristes évènements, qu'il y a "une base raisonnable de croire que les forces pro-Ouattara ont mené des attaques contre la population civile, notamment dans l'ouest du pays en mars 2011". Hélas, les ex-rebelles qui ont «pris les armes pour Ouattara» sous la conduite de Guillaume Soro ne s’arrêtent pas là. Les mêmes Frci se manifestent, quelques mois après, dans le département de Taï à 650 Km d’Abidjan, à l’extrême Ouest du pays. Le village de Ziriglo, situé à 40 km de Taï, sur la route menant à Tabou (sud-ouest), est victime d’une attaque meurtrière le vendredi 16 septembre 2011, à 1h du matin. Des hommes armés y font irruption. Le lourd bilan se chiffre à 15 morts. Des agriculteurs de la filière café cacao sont surpris dans leur sommeil et trucidés par des ex-rebelles à la recherche de «mercenaires et miliciens pro Gbagbo».

 

Un mois avant, à Ponan, village situé dans la commune de Taï, une attaque similaire des ex-rebelles faisait une dizaine de morts. Récemment, c’est la ville de Vavoua qui a été le théâtre d’atrocités commis par les ex-rebelles. 6 personnes y ont été sommairement exécutées, de façon gratuite, par les Frci qui n’hésitent pas à ouvrir le feu sur quiconque ose les contrarier. La preuve les Dozos ont froidement tué une fille de 9 ans, Mlle Tahé Todanh, à Béhoué-Zagna, dans le département de Bangolo. Cette violence a été commise dans la nuit de jeudi 9 à vendredi 10 février 2012, depuis les plantations occupées par les Dozos à Tiémesson (Diourouzon), dans le département de Duékoué. Autant d’horreurs, entre autres crimes isolés ou passés inaperçus, qui portent la signature par laquelle les ex-rebelles ont défiguré l’Ouest montagneux et l’ont transformé en un gigantesque bourbier où la tension est toujours palpable. Notamment à Bangolo. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que Ouattara a décidé d’annuler, l’on s’en souvient, le voyage qu’il avait projeté dans le Moyen Cavally, en septembre 2010.

 

Les experts de la Cpi qui sont actuellement à pied d’œuvre dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, auraient, selon nos sources, découverts il y a quelques jours, d’autres fosses communes qui témoigneraient de l’atrocité des actes des forces rebelles à Duékoué en mars 2012. Et ces experts se préparent probablement à se pencher sur la totalité des charniers et des crimes des rebelles dans tout l’Ouest montagneux, avant de ce rendre au Centre (Bouaké) et au nord (Korhogo) pour enquêter sur les massacres collectifs de femmes, de gendarmes et de civils depuis 2002. Dans le but de présenter des «conclusion solides», comme les juges le demandent. La vérité, cachée pendant 10 ans par les comploteurs, est aujourd’hui sous les yeux des enquêteurs de la Cpi.

 

 

K. Kouassi Maurice

Publié dans Droit de l'homme

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