Obama réélu aux États-Unis… Mais ce n’est pas finit…

Publié le par thruthway

 

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« Four more years ! ». Le slogan traditionnellement entonné dans les meetings par 

les supporters d'un Président des Etats-Unis candidat à sa réélection a été validé par les Américains. Barack et Michelle Obama ont gagné le droit de rester « quatre ans de plus » à la Maison Blanche au terme d'un scrutin aussi serré que le prédisaient les derniers sondages. 



Mais la victoire en Pennsylvanie, dans le Michigan, en Ohio, au Nevada, de l'homme du spectaculaire et volontariste « Yes I Can » de 2008 a dissipé les derniers doutes sur la réélection du Démocrate. Le Républicain Mitt Romney devait gagner ces état-clés, indécis jusqu'aux dernières heures de la campagne, pour espérer pouvoir faire basculer dans son camp suffisamment de « grands électeurs » [rappelons que le locataire de la Maison Blanche n'est pas désigné en fonction du nombre de suffrages récoltés nationalement mais au terme de 50 élections -une par Etat-, le vainqueur de chaque état remportant tous les « grands électeurs » de cet état; plus l'état est peuplé, plus il a de « grands électeurs »; il y en a 538 pour tout le pays; il faut donc en gagner 270 pour investir la Maison Blanche]. 


 

Preuve de la tension nerveuse qui aura dominé jusque à la fin : Barack Obama, submergé par la fatigue et l'émotion, n'avait pu retenir ses larmes lors de son dernier meeting, lundi soir, à Des Moines, dans l'Iowa, un autre des états-clé dans lesquels le candidat républicain y aura cru jusqu'au bout.

 


 

Mais Barack Obama, encouragé par les premiers chiffres sur la participation des jeunes électeurs, des femmes, et des minorités au scrutin -capitale pour sa victoire-, rassuré par ses sondeurs et leurs conclusions à partir de modèles statistiques sophistiqués, avait recouvré mardi matin sa légendaire sérénité. Avant de se retirer dans sa maison de Chicago pour attendre les résultats, il était allé dans un des bureaux du Parti Démocrate de la ville passer quelques coups de téléphone de remerciements à des bénévoles qui, apparemment, n'avaient pas été prévenus à l'avance (les cameramen, eux, l'avaient été). Et il avait joué un match de basket avec des amis. Avec Scottie Pippen, l'ancienne star des Chicago Bulls, dans son équipe, pas de surprise, il a gagné. 



 

Sa victoire contre Romney, elle, n'était pas courue d'avance. L'été n'avait pourtant pas été bon pour le candidat Républicain. Une tournée désastreuse en Angleterre -où il avait émis des doutes sur la bonne organisation des Jeux Olympiques-, en Pologne et en Israël -où sa connaissance sommaire et simpliste de l'état du monde était apparue de manière spectaculaire- semblaient devoir le condamner. Mais il avait retrouvé son dynamisme au début de l'automne. Profitant d'une étonnante apathie de Barack Obama, sur le fond et dans la forme, lors de leur premier débat télévisé, Mitt Romney avait pu faire parler son expérience d'homme d'affaires à la carrière que Bill Clinton lui-même avait qualifiée de « scintillante ». Dans un pays où le taux de chômage n'avait jamais été aussi élevé aussi longtemps depuis Franklin Roosevelt et la « Grande Dépression », les arguments de l'ancien Gouverneur du Massachusetts portèrent d'autant plus que, en 2008, Obama avait promis de stopper cette dérive des courbes de l'emploi. Et de diviser le déficit par deux : or il l'a creusé autant que tous les présidents précédents réunis. Et les rêves qu'il suscita il y a quatre ans sur une Amérique et un monde meilleurs se sont fracassés sur le mur de la réalité et d'une certaine impuissance. Il ne fut pas efficace sur la défense de l'environnement et le ralentissement du réchauffement climatique; il n'a pas vraiment apaisé les tensions raciales de la société américaine; malgré ses intentions proclamées de tendre la main aux Républicains, il n'a pas su enrayer l'extraordinaire polarisation idéologique qui domine plus que jamais la vie politique américaine et la paralyse. 
 

 

Mais à l'inverse, il a évité l'absolue catastrophe économique, donc sociale, dans la foulée du catclysme financier de 2008; il a fait passer son projet d'assurance médicale pour tous; il a réglé son compte à Ousama Ben Laden; il a mis fin, sans déshonneur, à la guerre en Irak et préparé un retrait décent d'Afghanistan; il a su instaurer des relations viriles mais correctes avec la Chine et les pays émergents. 

 

Quant à Romney, il ne fut sans doute pas assez convaincant dans ses recettes pour relancer l'économie du pays. Son plan, qui combinait des réductions d'impôts pour tout le monde, des coupes drastiques dans les services publics, une privatisation accentuée dans la santé et l'éducation, reposait trop sur un simple acte de foi : l'effacement de l'Etat dans l'économie et la société allait libérer les forces de l'esprit d'entreprise de l'Amérique éternelle.

 

 

Mais celle-ci a changé depuis l'époque de « la révolution conservatrice » à la Reagan. La transformation démographique du pays -moins de Wasps, davantage de minorités-, la désindustrialisation de certaines régions en voie de paupérisation, ont souligné pour beaucoup le besoin d'être protégés. Les dégâts occasionnés par l'ouragan Sandy ont tragiquement renforcé ce sentiment. Du coup, l'activisme d'Obama et des agences fédérales dans le secours à ses victimes ont rapporté des voix au Président.

 

 

Que va-t-il faire de sa victoire ? On pourrait croire que, débarrassé des préoccupations liées à sa réélection (il n'a pas droit d'aspirer à un troisième mandat), la voie est libre pour les réformes chères au premier Président noir du pays. Erreur. Car les Républicains conservent la majorité à la Chambre des Représentants. Et John Boehner, leur leader, a été clair. Les conservateurs seront inflexibles dans leur opposition dogmatique à toute augmentation d'impôts, même pour les revenus supérieurs à 1 million de dollars par an. Obama veut agir sur ceux supérieurs à 250 000 dollars. A l'été 2011, c'est un affrontement sur ce sujet qui paralysa le système : les Républicains n'acceptèrent d'élever le plafond légal du déficit qu'à condition que d'énormes coupes dans les budgets publics soient effectuées à partir du 1er janvier prochain. Obama va tenter de remettre cela en cause. Les Républicains vont lui faire la guerre. En gagnant sa réélection, le Président a gagné le premier round. Un deuxième va commencer.

 

Marianne.net

 

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