TEMOIGNAGE DU MINISTRE EMILE GUIRIEOULOU

Publié le par thruthway

ADIEU BOHOUN, ADIEU !!!

 

Bohoun-Bouabré.3

 

 

 

Ce matin  du 11 janvier ,très tôt, mon téléphone sonne et l’interlocuteur au bout du fil me dit, «  excusez moi Monsieur le Ministre de vous appeler si tôt mais les nouvelles ne sont pas bonnes, le ministre d’Etat Bohoun est décédé». Je réponds que c’est une fausse rumeur. « Non, monsieur le ministre, c’est malheureusement vrai et cela s’est passé cette nuit aux environs de 2 heures du matin en Israël » insiste mon interlocuteur. Je suis effondré, abattu. J’en informe mon épouse et nous pleurons.

 

Quelques instants après, je reçois les appels des ministres Lia Bi et Léon Emmanuel Monnet qui confirment la nouvelle. C’est donc vrai et je dois m’y résoudre : Bohoun Bouabré nous a quitté pour le voyage du non retour. Pourquoi et surtout pourquoi maintenant ? Au moment où il avait besoin de se dresser pour laver son honneur face à des accusations méchantes et gratuites.

 

A ce moment précis, me reviennent à l’esprit les mots de Morou Ouattara quand il a fait pomper Affi N’guessan et les prisonniers de Bouna : «  on ne va pas vous tuer mais on va vous laisser mourir à petit feu, un à un ».

 

Que puis-je dire de Bohoun Bouabré ? Un camarade de parti,  un ami, un frère ? Oui, il était tout cela à la fois pour moi. C’était un camarade du FPI puisque c’est dans ce parti que nous nous sommes connus et étions proches par les idées. Il est devenu par la suite un ami et un frère parce qu’il m’estimait beaucoup et appréciait mon travail à l’Assemblée Nationale. Il a beaucoup fait pour moi.

 

Comme un jour de 2006 quand il m’a fait une surprise inoubliable. En effet, ayant appris que depuis presque un an, j’étais « à pieds » parce que sans voiture, il m’a appelé à sa résidence en compagnie du ministre Hubert Oulaye et m’a offert une flambante Mitsubishi Pajero. Ne sachant comment lui rendre cela, je l’ai invité en juillet 2007 chez moi au village pour lui dire merci au cours d’une cérémonie qui y était organisée.

 

En 2008, lorsque le Président Laurent Gbagbo lui a demandé de lui proposer un cadre pour diriger le Comité de Gestion de la Filière Café Cacao qui venait d’être mis en place, c’est mon nom qu’il a donné à mon insu. Je le saurai plus tard par le Président lui-même qui m’a alors expliqué les raisons pour lesquelles il a préféré y nommer Gilbert Ano plutôt que moi.

 

Quand je l’ai rejoint en 2010 au gouvernement, il m’a longuement recu à son bureau pour m’encourager et me prodiguer quelques conseils. Et c’est souvent qu’il me faisait assurer son intérim lorsqu’il partait en mission à l’étranger. Même à l’intérieur du pays, quand son calendrier ne le lui permettait pas, il me demandait de le représenter à des cérémonies dont il assurait le parrainage.

 

Côté professionnel, ses qualités indéniables de manager sont reconnues par tous : intelligence vive, esprit d’analyse et de synthèse, rigueur.  Je retiens de ses nombreux passages à l’Assemblée Nationale, la compétence et la sérénité avec lesquelles il défendait ses dossiers et qui faisaient qu’aucune question n’était pour lui une colle.

 

Il était un homme juste qui savait reconnaitre et récompenser les compétences de ses collaborateurs sans discrimination. J’ai en mémoire le témoignage de ce jeune cadre du ministère du plan, non militant du FPI et originaire du nord qui m’a dit un jour « c’est finalement sous Bohoun Bouabré que je suis nommé » alors qu’il servait depuis des années et s’occupait d’un des dossiers les plus importants de ce ministère.   

 

Je retiens aussi sa force de caractère et sa détermination à faire triompher les idées et les projets qu’il croit justes et bons pour la Côte d’Ivoire. Il me confiait un jour que l’une de ses satisfactions en tant que ministre de l’économie et des finances c’est de n’avoir pas cédé face aux bailleurs de fonds qui exigeaient la liquidation de la CAA et la cession de la SIR. Non seulement, la CAA n’a pas été liquidée mais il l’a restructurée pour donner naissance à la BNI qui se porte bien et  que grâce à un bon plan la situation financière de la SIR a été redressée.

 

L’œuvre de Bohoun Bouabré restera à jamais marquée dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Son combat pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire et son indépendance économique sans laquelle l’indépendance politique est vaine sera poursuivi et mené à son terme par les nombreux « Bohoun Bouabré » que son exemple a suscités au sein de notre nation.

 

A sa femme Léa, à ses enfants, à ses proches que sont mes amis Gnato Zié André, Guéi Blé Bruno, Dogbo Nahounou, à la population de Niakia, son village que je connais très bien, à tout le Yocolo qui, en l’espace de seulement 9 mois, perd deux de ses valeureux fils, j’adresse mes condoléances les plus attristées. 

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