« Vous les guérés, on va vous tuer… ». HRW : « Ils les ont tués comme si de rien n’était »- 5ème Partie

Publié le par thruthway

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Le besoin de justice pour les crimes post-électoraux en Côte d’Ivoire

 

Dans cette cinquième partie, d’une suite de révélations sur les crimes post-électoraux, nous allons vous montrer  avec de nouveaux éléments de preuves (témoignages, images, périodes précises, lieux, avec les noms de commanditaires) comment les chefs de guerre Eddi Médi, « Ben Laden » et le burkinabé Amadé Ouérémi ont tués sans retenu les hommes qui appartenaient à l’ethnie « guéré »

 

Ces criminels de guerre ont chacun un visage, les voici :

 

 

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Pour ne pas nous taxer d’être partisans, nous allons nous appuyer exclusivement sur un document produit par Human Watch Right (HWR), une ONG américaine financé en grande partie par un Goerges Soros, un soutien d’Alassane Ouattara. (Pour en savoir plus sur ce lien Soros- HWR, cliquez ici)

 

 


Les forces d’Eddie Médi ont commis à leur passage de nombreux meurtres et viols qui ont été documentés. Lors d’un entretien en date du 17 mars 2011, Dion Robert, le major général de Médi a déclaré que « le capitaine Eddie est toujours au-devant des troupes », laissant supposer qu’il avait dû voir au minimum quelques-uns des crimes de guerre ayant été perpétrés.

 

L’Associated Press a signalé que les exactions commises par les troupes de Médi se sont poursuivies au cours des mois suivants, notamment avec l’effroyable massacre de 47 Guérés près de la frontière libérienne le lendemain de l’investiture d’Alassane Ouattara. Eddie Médi a reconnu avoir envoyé ses troupes dans cette zone le jour en question, ajoutant cependant que c’était pour lutter contre les activités des mercenaires pro-Gbagbo.

 

Des exactions récurrentes : deux chefs des Forces républicaines qui ont commandé des troupes à l’origine de crimes graves dans le passé

 

Capitaine Eddie Médi : Comme nous l’avons indiqué un peu plus haut, Eddie Médi a commandé dans l’extrême Ouest les forces armées qui ont assassiné, violé et brûlé des villages pour des raisons politiques et ethniques. Durant le conflit armé de 2002-2003, Eddie Médi était un commandant du Mouvement pour la justice et la paix (MJP), un groupe rebelle qui, en se joignant à deux autres groupes, a donné les Forces nouvelles.

 

Selon un article (de Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi »du 17 mars 2011) de Nord-Sud (un quotidien ivoirien pro-ouattara et Soro), à partir de novembre 2002, il aurait joué un rôle actif dans « différents combats pour le contrôle des villes de l’Ouest que sont Man, Danané et Bangolo ».

 

Le 22 mars, les forces rebelles ont commis un massacre contre des civils guérés dans le village de Dah, juste en dehors de Bangolo, dans ce qui constituait « probablement une attaque de représailles », selon le même rapport de Human Rights Watch de 2003. Il n’est pas clair si Eddie Médi a été personnellement impliqué dans cette attaque, mais les informations publiées dans le quotidien Nord-Sud indiquent qu’à cette période, il était au moins le commandant du MJP dans la région de Bangolo.

 

Un rapport d’International Crisis Group a relaté qu’en avril 2003, le MJP établi sur place avait « empêché l’accès […] pendant quatre jours » aux troupes de la MICECI (la mission de la CEDEAO en Côte d’Ivoire en 2003) envoyées pour enquêter sur le massacre. Lorsque le MJP a fini par autoriser la MICECI à entrer, il ne restait plus aucune preuve physique d’un massacre. (Cf. International Crisis Group, Côte d’Ivoire : « The War is Not Yet Over », p. 26, note de bas de page 128).

 

Lors d’un entretien accordé au quotidien Fraternité-Matin, Eddie Médi, alors à la tête des opérations militaires des Forces nouvelles dans la zone, a été interrogé sur les accusations de massacres, de viols et d’autres actes criminels commis par ses forces. Il a répondu qu’après la fuite des forces officielles de Laurent Gbagbo, des jeunes encore armés étaient restés dans les villages et leur avaient opposé une « forte résistance », avant de poursuivre :

 

« Il peut avoir des débordements à certains endroits. Cependant, je crois que cela est dû à la résistance qui nous a été faite. […]Les événements de Bangolo ne sont pas imputables uniquement à notre mouvement. […].Beaucoup parmi ceux qui parlent, n’ont aucune preuve que les actes qu’ils décrivent sont de nous. » (Voir Fraternité-Matin du 8 juin 2004).

 

Les mêmes explications ont souvent été avancées par les Forces républicaines —souvent composées par les mêmes commandants— lorsqu’elles ont été accusées d’exactions similaires en 2011.

 

Commandant Ousmane Coulibaly (communément connu sous son ancien nom de guerre « Ben Laden ») : (…) était en charge des troupes basées à Yopougon, que des témoins et des victimes ont accusées à plusieurs reprises d’être impliquées dans des meurtres, des actes de torture et des détentions arbitraires. Le rapport 2009 sur les droits de l’homme du département d’État des États-Unis relatif à la Côte d’Ivoire (« 2009 Human Rights Report, Côte d’Ivoire » du11 mars 2010) souligne que Coulibaly pourrait être impliqué au titre de ses responsabilités de commandant dans des crimes graves, soulignant que « le caporal Alpha Diabaté, proche collaborateur du commandant Ousmane Coulibaly du secteur 8 des Forces nouvelles, a été identifié comme étant l’auteur d’actes de torture sur trois éleveurs à Odienné en mai 2008.

 

Fin 2008, les autorités des Forces nouvelles n’avaient toujours pas pris de mesure à son encontre ». De plus, au début et à la mi-2003, Ousmane Coulibaly était un commandant du groupe rebelle MJP dans la ville de Man située à l’ouest du pays. Le MJP, qui a plus tard été intégré aux Forces nouvelles, entretenait des liens étroits avec Charles Taylor et les mercenaires libériens. ( Selon International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », p. 18-21, 51)

 

La commission d’enquête internationale de 2004 et Amnesty International ont accusé les forces du MJP d’avoir commis de graves crimes internationaux à Man et dans les environs. Ousmane Coulibaly n’a pas été cité comme ayant ordonné ces crimes, mais il était le commandant des opérations supervisant les troupes qui ont perpétré de tels actes. (Voir International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », p. 24-26 ; Département d’État des États-Unis, Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail, « Côte d’Ivoire, 2003 » 25 février 2004).

 

Massacre de Duékoué impliquant les Forces républicaines (dénomination donnée aux forces pro-ouattara)

 

Après que les Forces républicaines (Frci) avaient pris le contrôle de Duékoué le 29 mars tôt le matin, elles et leurs milices alliées ont massacré des centaines d’habitants guérés dans le quartier Carrefour de la ville. Human Rights Watch a interrogé huit femmes qui ont assisté aux événements, ainsi que plusieurs personnes qui avaient aidé à compter ou à enterrer les corps dans les jours qui ont suivi le massacre. Cinq témoins ont clairement identifié des Forces républicaines parmi les attaquants, affirmant qu’ils étaient arrivés dans des camions, des 4x4 et à pied, en tenue militaire.

 

D’autres ont expliqué avoir vu deux milices pro-Ouattara opérer en étroite collaboration avec les Forces républicaines, commettant des exactions contre la population civile : un groupe traditionnel de chasseurs et de défense civile dont les membres sont connus sous le nom de Dozos, généralement armés de fusils et identifiés par leurs vêtements traditionnels ; et un groupe de miliciens burkinabés qui vivent dans la région et sont dirigés par Amadé Ouérémi.

 

La commission d’enquête internationale, Amnesty International et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme s’accordent pour désigner les soldats des Forces républicaines comme impliqués directement dans le massacre de Duékoué, aux côtés de groupes de miliciens comme les Dozos.

 

Le quartier Carrefour (réputé à tort ou à raison comme) un point de concentration des miliciens pro-Gbagbo (qui se seraient) livrés à des meurtres de partisans d’Alassane

Ouattara. Cependant, selon des témoins interrogés par Human Rights Watch, les forces pro-Ouattara y ont exécuté des hommes qui ne passaient pas pour être membres des milices, y compris des garçons et des vieillards. Selon les déclarations faites par des membres des forces pro-Ouattara pendant l’attaque, ils visaient la population du quartier en vue d’infliger un châtiment collectif aux Guérés.

 

Une femme de 39 ans a décrit le meurtre de son mari ainsi que des dizaines d’autres meurtres, dans un récit qui en rappelle de nombreux autres :

 

C’est mardi matin [le 29 mars], juste après que les rebelles [pro-Ouattara] avaient pris le contrôle de Duékoué, qu’ils sont arrivés dans le quartier et ont commencé à tirer partout. Ils devaient être 500. […] Ils sont allés de maison en maison et ont fait sortir les hommes pour les tuer. Deux d’entre eux ont enfoncé ma porte et sont entrés chez moi ; ils ont forcé mon mari à sortir. Plusieurs autres portaient une torche et ont mis le feu à la maison. Je suis sortie en criant derrière eux, et ils ont abattu mon mari à bout portant avec un grand fusil. […] Les rebelles ont dit : « On est là pour tuer Gbagbo, mais parce que vous, les Guérés, avez voté Gbagbo, on va vous tuer, on va vous tuer jusqu’au dernier. » Puis les rebelles sont passés à la maison voisine, me laissant là en train de crier. Mon mari, mon beau-frère, plusieurs cousins, ils ont tous été tués par les forces d’Alassane ce jour-là. La plupart des attaquants présents dans le quartier portaient une tenue militaire — la tenue des Forces républicaines. Beaucoup avaient des foulards rouges. D’autres étaient des Dozos en vêtements traditionnels et certains étaient des jeunes Dioulas venus avec des couteaux et des machettes. Les Forces républicaines sont arrivées les premières en voiture et à pied, et puis les autres ont suivi. Ils ont tué des gens désarmés partout. J’ai vu des gens à qu’on égorgeait avec des machettes et des couteaux, d’autres qui étaient abattus. On pouvait voir les taches de sang sur la route, le sang de tous ceux qui avaient été tués. Il y avait des corps partout. On pouvait juste voir les rangées de corps de ceux qu’ils avaient fait sortir et qu’ils avaient abattus. […] La plupart des personnes tuées étaient des hommes, mais ils ont tué des garçons, comme les hommes, comme les vieillards. Je les ai vus tuer des garçons, sous mes yeux. L’un d’eux ne devait pas avoir plus de 10 ans et alors qu’ils le traînaient dehors, il m’a regardée l’air tellement effrayé et a dit : « Mama, s’il te plaît », et puis ils l’ont abattu.

 

Une femme de Carrefour âgée de 29 ans a également confié que son mari avait été tué et que son frère de 15 ans avait été recruté de force :

 

 Aux alentours de 8 heures du matin, ils ont commencé à attaquer le quartier Carrefour. […] Il y en avait plein, tout plein. Il y avait des Dozos, des hommes d’Amadé, des jeunes armés et en civil, et des soldats FN. On s’était cachés chez nous, mon frère, mon mari et notre bébé. Les forces sont venues et ont dit : « Les femmes, partez, les hommes, on va vous tuer », chacun a cherché à s’enfuir. On a fait de même. À 13 heures, on s’était enfuis de chez nous et on était à pied sur le bord de la route principale, près du pont. Il y avait plein de cadavres dans les rues, des forces pro-Ouattara partout au milieu du carnage.

 

Pendant notre fuite, j’ai vu des gens qu’on abattait autour de nous avec des kalaches, mais je ne pouvais pas faire attention, j’étais trop effrayée. Une 4x4 nous a dépassés ; l’un d’eux nous a vus et ils se sont rangés sur le côté. […] Trois hommes sont descendus et ont stoppé mon mari. Ils ont dit : « On cherche des Guérés. Vous avez voté Gbagbo, on va vous tuer tous. Toi, tu es guéré. » Il a répondu : « Non, j’ai voté ADO », mais ils ont dit : « Non, tu n’as pas voté pour lui, tu es guéré, donc tu as voté Gbagbo ». En fait, on n’a pas voté. Ils ont éloigné mon mari de moi. J’avais notre bébé de six mois dans les bras. Ils scandaient : « ADO ! ADO ! Vous êtes tous des Guérés, vous qui avez voté Gbagbo ! Vous n’avez pas voté ADO, on va vous tuer tous. Vous êtes tous des Gbagbo ici. »

 

Puis ils ont tiré dans le ventre de mon mari. Tous les trois ont tiré sur lui avec leurs kalaches, alors qu’il était juste devant eux. Ils ont regardé mon bébé de six mois et ont décidé que mon bébé ne pouvait pas leur être utile, mais mon frère de 15 ans était là. Il criait : « Pourquoi vous l’avez tué ? » Tuer mon mari n’était pas suffisant. […] Ils ont dit : « Aujourd’hui, tu vas devenir soldat. Nous allons t’emmener à Man. À Man, tu vas devenir soldat. » C’est à Man que se trouve la base des Forces nouvelles. Ils l’ont emmené de force dans le camion. Il y avait au moins six autres jeunes garçons qui attendaient dedans, dont des enfants qui n’avaient pas l’air d’avoir plus de 10 ans. Je ne les ai pas reconnus, mais c’étaient des garçons en civil, la peur transparaissait sur leur visage. J’ai entendu les garçons qui imploraient le pardon quand les hommes sont revenus, mais les soldats n’ont pas répondu. Ils ont poussé mon frère à l’intérieur avec les autres garçons et ont démarré. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis.

 

Les hommes qui ont tué mon mari étaient des militaires armés de couteaux, de machettes et de kalaches. Ils portaient des gris-gris de guerriers [amulettes traditionnelles souvent portées par les combattants du Nord], des jeans et en haut une tenue de camouflage militaire. C’étaient clairement des forces pro-Ouattara ; ils chantaient « ADO ». Les FN avaient pris la ville ce jour-là, avec les Dozos et les Burkinabés qui étaient dans les rues aussi, brûlant des choses et tuant des gens, allant de maison en maison. Pas une seule maison n’a été laissée indemne à Carrefour. […] Mon appartement n’existe plus ; il a été incendié comme les autres.

 

Un chef religieux de Duékoué qui s’est rendu dans le quartier Carrefour le 31 mars a confié à Human Rights Watch que des centaines de cadavres y gisaient encore, dont 13 dans une église appelée l’Église du Christianisme céleste. Parmi eux se trouvait le corps criblé de balles du pasteur, toujours en habits religieux.

 

Lors d’opérations systématiques et organisées, parfois par simple revanche, les Forces républicaines ont entamé des représailles collectives à l’encontre de jeunes hommes appartenant à des groupes ethniques associés à Laurent Gbagbo —commettant des exécutions extrajudiciaires dans les quartiers et les sites de détention, et faisant subir à de très nombreuses personnes un traitement inhumain parfois assimilable à de la torture.

 

Au cours des mois suivant les enquêtes de Human Rights Watch, la division des droits de l’homme de l’ONUCI a continué à documenter des meurtres et d’autres exactions perpétrés par les Forces républicaines, notamment huit meurtres et d’autres cas de torture et de traitement inhumain entre les 17 et 23 juin, ainsi que 26 exécutions extrajudiciaires et 85 cas d’arrestation et de détention arbitraires entre le 11 juillet et le 10 août.

 

Rendez-vous dans quelques heures pour la sixième partie avec plus de faits et de preuves sur crimes commis par le camp Ouattara. (Pour la première partie, cliquez ici, la deuxième partie ici et la troisième partie ici  et la quatrième partie ici)

Publié dans Droit de l'homme

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