Yao Yao Jules au camp Ouattara : « Nous n’avons plus peur ». Une interview à lire !

Publié le par thruthway

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Vos impressions après le premier meeting de votre parti…

C’est un sentiment de fierté qui nous habite. Cette fierté est lourde. Nous pensons que c’est le début. Nous n’allons plus nous laisser faire. Le pouvoir n’aura aucun répit.

En quoi cette fierté est lourde ?

Si elle s’arrêtait à ce meeting, ce serait une symphonie inachevée. Ce que nous venons de faire à Koumassi ne va pas s’arrêter. C’est une mise en jambe. Nous allons démontrer aux uns et aux autres de quoi nous sommes capables.

C’est-à-dire ?

Nous n’avons plus peur. La peur a été totalement tuée. Nous allons porter notre tenue de militant partout. Que les militants ne se laissent distraire par les menaces de qui que ce soit. On ne meurt qu’une seule fois. Nous sommes tous des morts et des prisonniers en sursis. En plus, la prison est faite pour les hommes. Et non pour les animaux. Si nous avons affronté Houphouet sans avoir peur, ce ne sont pas ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui qui vont nous effrayer.

N’avez-vous pas peur de vous faire agresser dans la rue ?

Avoir peur de quoi. Dans ce cas, il faut que nous renoncions à mener le combat. Si le fait de porter un tee-shirt à l’effigie du Président Laurent Gbagbo qu’on nous agresse, tout le monde saura que ce pouvoir ne tient pas parole. Dans la mesure où Alassane Ouattara soutient faire de son pouvoir une poche de démocratie, de liberté alors que ce ne sera pas une. Nous voulons vivre la démocratie.

Est-ce que vous vous attendiez à une telle mobilisation?

Dans le fond, on avait un petit espoir. Nous avouons que nous avons été agréablement surpris. Nous ne pouvons pas imaginer un seul instant que les militants bravent tout. Parce que dans ce quartier, nous avons eu des militants qui ont été torturés. D’autres ont perdu la vie. Tout simplement parce qu’ils sont militants de la majorité présidentielle. Malgré cet état de fait, les militants sont venus nombreux. C’est ça la force de notre parti. Nous n’avons pas eu tort d’avoir pris la décision d’organiser ce meeting. Nous remercions le Seigneur. C’est lui qui est au contrôle. C’est un message fort à l’endroit des nouveaux tenants du pouvoir. On espère qu’ils comprendront qu’un pays sans démocratie, liberté, on ne peut pas avancer. Il ne peut pas avoir la paix dans le pays. Il faut compter avec nous. Nous n’allons pas nous taire. Nous avons notre mot à dire.

Peut-on dire que ce meeting était la bienvenue ?

Nos militants commencent à porter leur tenue. Ils n’ont plus peur. C’est le début du commencement. D’ici quelques semaines, des meetings vont s’organiser à travers tout le District d’Abidjan. Nous attendons jouer pleinement notre rôle d’opposant. Afin que toute la Côte d’Ivoire bénéficie de la démocratie.

Et si on vous empêche…

Les nouveaux tenants du pouvoir ne peuvent pas nous empêcher. Ils n’ont pas intérêt à le faire. Nous n’avons pas de couteau. Encore moins des armes. Nos seules armes, c’est la parole. Nous n’avons pas la culture des armes. Comment voulez-vous qu’on puisse aller à la réconciliation sans le Président Laurent Gbagbo. Ce n’est pas possible.

Ah bon ?

Il faut être à deux ou plusieurs pour se réconcilier. On doit voir d’un côté Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et de l’autre côté le Président Laurent Gbagbo, Affi n’Guessan. Voilà les deux entités. C’est-à-dire Rhdp-Lmp. Comment voulez-vous que tous les ténors du Rhdp soient présents et ceux de Lmp soient en prison. Nous pensons que pour régler un problème entre deux personnes, on les fait asseoir. Afin de vider le contentieux.

Beaucoup d’Ivoiriens soutiennent que la réconciliation prônée par le pouvoir actuel est un leurre…

Ils n’ont pas tort. On ne peut pas vouloir chose et en même temps son contraire. Pendant que le pouvoir parle de réconciliation, il continue de traquer, d’inculper les cadres et militants de la majorité présidentielle. Alassane Ouattara demande aux exilés de rentrer. Quand ils rentrent, on les met en prison. Votre confrère Hermann Aboa est victime de cette situation. Il est rentré tout confiant. Parce que le pouvoir lui a demandé de rentrer. Qu’est-ce qu’il a eu ? Son compte a été bloqué. Et aujourd’hui, il croupit dans les geôles de la prison. Vous pensez que les autres qui sont en exil auront envie de venir au pays. Tant qu’Alassane se comportera de la sorte avec sa justice, il n’y aura de réconciliation. Qu’on arrête de distraire les Ivoiriens. Tout le monde est d’accord qu’il faut aller à la réconciliation. Afin de panser les plaies de la crise post-électorale. Et de remettre le pays sur les rails du développement. Mais la réconciliation, ce n’est pas au bout des lèvres. Ce n’est pas non plus la mise en place d’une commission. On continue de traquer les militants, les cadres et les personnalités de l’ancien régime. Les maisons continuent d’être pillées. Ils sont chassés de leur poste dans les différents services de l’administration. Les discours des tenants du pouvoir actuel ne sont pas rassembleurs. On ne peut appeler quelqu’un à la table de la réconciliation avec un fusil sous la tempe. On se demande, alors, quel est le sens du slogan : «Vivre ensemble». Or vivre ensemble, c’est de s’accepter mutuellement, prôner la tolérance, le pardon et accepter le droit à la différence.

Alassane dit réconciliation d’accord. Justice d’abord…

On doit éviter d’instrumentaliser la justice. qui va punir ceux qui ont tué à Duékoué, qui va punir ceux qui ont éventré des femmes ? Qui va punir ceux qui ont tué des cadres de la majorité présidentielle ? Tous ceux qui ont participé d’une matière ou d’une autre à la campagne de Gbagbo sont traqués, poursuivis ou tués. Leurs comptes sont bloqués. Et on les accuse d’être à la base de toutes les souffrances de la Côte d’Ivoire aujourd’hui. Gérer le pouvoir ce n’est seulement faire justice ou rendre justice à ceux qui vous soutiennent. La justice, elle est pour tous. La place de l’opposition, ce n’est pas en prison. C’est sur le terrain. On ne peut condamner quelqu’un sans l’avoir entendu. Il y a un proverbe baoulé qui dit : «On ne doit pas pleurer le samedi». Voila que le chef du village meurt le vendredi. Si la population pleure samedi, est-ce que ce sont les populations qui auraient créé le sacrilège ? Et pourtant, c’est le chef du village qui a pris cette décision. Or lui même, il est mort le vendredi.

 

Quels commentaires faites-vous sur la composition de la Commission de réconciliation dirigée par Charles Konan Banny ?

 

Nous sommes sidérés. La composition de cette commission pose problème. Aboubacar Fofana ne devrait pas y être. On sait quelle attitude il a eu pendant la crise. On connaît son bord. Ahouana également ne devrait pas y figurer. Ce sont deux personnes qui tenaient des propos haineux. Charles Konan banny lui-même. Nous doutons de la sincérité de cette commission. Ils sont tous partie prenante dans la crise. C’est ridicule. En plus, la majorité des personnalités de cette commission sont du Rhdp. A part Sery bailly et Didier Drogba. Nous voulons la réconciliation. Mais ce sont les élections qui ont créé la situation dans laquelle se trouve la Côte d’Ivoire… Quand on fait des élections avec des gens en arme, on ne peut que récolter ce qui arrive. Prenons un homme comme Choï. Nous avons pitié pour lui. Nous avons passé au moins deux ans en Corée du Sud. Nous connaissons la dignité du Coréen. Choï se comporte comme un bandit de grand chemin. Nous ne savons pas où il a appris son éducation pour qu’il accepte de foutre du bordel en Côte d’Ivoire.

 

Alassane refuse de juger ses hommes qui ont commis des exactions ?

 

C’est ça la justice pour lui. Ce sont les pro Gbagbo qui sont les coupables. Ses hommes à lui sont blancs comme neige. C’est de l’injustice. Parlons un peu de crime économique dont on accuse le Président Laurent Gbagbo. Selon eux, c’est parce qu’il a nationalisé les banques à un moment donné. Combien de temps il a passé au pouvoir. Pourquoi ne l’a-t-il fait? Dans un pays, il y a des règles qui régissent les banques. Des gens s’élèvent un beau matin pour fermer les banques. Dans ces conditions que font les populations? Comment faire face à leurs besoins ? Pour venir gouverner, il faut exterminer tout le monde. Qui on gouverne ? Nous pensons que la décision prise en son temps par le Président Laurent Gbagbo était salutaire. Selon les tenants actuels du pouvoir, le seul fait d’avoir pris cette décision peut déstabiliser le pays. Qu’est-ce que cela signifie ? Celui qui n’aime pas son chien l’accuse de rage. C’est n’importe quoi. Laurent Gbagbo a passé six ans en exil. Houphouët boigny continuait de lui verser son salaire. De retour au pays, il a refusé de toucher son salaire. Prétextant qu’il n’a pas servi pendant ses six ans d’exil. Alors que beaucoup d’entre nous allaient le toucher. C’est ce monsieur qu’on va accuser maintenant d’avoir détourné de l’argent ?

 Si ça ne tenait qu’à sa famille, dès les premiers moments quand les gens lui ont proposé d’aller aux Etats-Unis pour être enseignant, il a refusé. Non pas pour lui et sa famille. Mais pour la Côte d’Ivoire. Il a accepté de recevoir des bombes qui pouvaient l’anéantir, le tuer à jamais. Il a voulu sauver ce pays. Il va prendre cet argent pour aller où. Ils ont dit qu’ils allaient saisir ses biens à l’extérieur. Qu’ils nous montrent maintenant les comptes où il a placé de l’argent. On sait ceux qui ont placé l’argent dans les comptes à l’extérieur. On se connaît dans ce pays. Qu’on arrête de distraire les Ivoiriens.

 

Pouvez-vous faire un bilan partiel du pouvoir Ouattara ?

 

Faire un bilan ce serait très tôt. Nous ferons simplement des constats sans tirer de conclusion. Sous Gbagbo, ils ont manipulé des femmes à travers les rues pour dire que le panier de la ménagère est léger. Aujourd’hui, nous ne savons pas si ce panier s’est alourdit. Ce que nous savons c’est que les Ivoiriens mangent de plus en plus mal. La misère a gagné du terrain. On a renvoyé des gens de la présidence. Pendant ce temps, on recrute ailleurs. C’est bien de faire des travaux pour améliorer le cadre de vie des citoyens. Avant de casser il faut réfléchir. On se rappelle que ceux qui sont au pouvoir actuellement avaient accusé l’ancien pouvoir de tous les maux. Lorsqu’il avait décidé de le faire. Il faut dire que c’était la haine contre le pouvoir de Gbagbo. Nous comprenons mal qu’on aille détruire la Rue princesse. Cette rue n’a pas été créée par un pouvoir. Elle a été créée par des jeunes. nous ne comprenons pas. Et l’Ivoirien moyen ne comprendra jamais. La Rue princesse est symbole de Yopougon voire de la ville d’Abidjan. C’est un danger pour le pouvoir le fait d’avoir donné l’ordre de casser cette rue. Nous vivons une situation dramatique. La vie est devenue très chère. Alassane a promis beaucoup d’argent en tenant compte de ses relations. Que dire de l’insécurité? C’est la totale. Alassane lui-même sent l’insécurité. Il est surveillé par l’armée française et les Forces onusiennes. Il se met en sécurité et met les Ivoiriens dans l’insécurité. Il faut donner la sécurité aux Ivoiriens. Notamment aux policiers et gendarmes. Nous ne pouvons pas comprendre qu’on puisse les désarmer. Nous devons apprendre à faire confiance à nos Forces de l’ordre. Il faut débarrasser les rues de tous ceux qui n’ont pas droit à avoir les armes. Voilà en quelques mots ce que nous avons à dire de la gestion de Ouattara. Le moment viendra où nous allons parler. Nous ne sommes pas pressés.

 

Des Ivoiriens regrettent en ce moment…

 

Aujourd’hui partout, les gens soutiennent que le temps du Président Gbagbo était le meilleur. On entend également que des femmes Malinké s’apprêtent à sortir un pagne et le nommé «Gbagbo Kafissa». C’est-à-dire «Gbagbo est mieux». Pourquoi elles disent cela. Aujourd’hui, nos paysans sont dans les difficultés. Sous le régime du Président Laurent Gbagbo, le cacao coûtait entre 1200 et 1500 Fcfa. Sous Ouattara, le prix a drastiquement chuté. Aujourd’hui il oscille entre 150 et 300 Fcfa. Et pourtant, on nous a fait croire qu’avec l’arrivée de Ouattara, le prix allait tripler. Cela veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Cette situation précaire de la Côte d’Ivoire fonde notre espoir. Nous allons revenir au pouvoir. Mais pas par les armes. Nous avons un maître. Il s’appelle Laurent Gbagbo. Il dit que la seule manière de venir au pouvoir c’est la transition pacifique. Le plus grand moyen ce sont les élections. Jamais par les armes. Nous savons que l’organisation des élections par les urnes, nous sortirons vainqueurs.

 

Est-ce que votre parti sera aux législatives ?

 

Nous sommes le fruit des élections. Partout où il y aura des élections, nous gagnerons. Parce que nous avons choisi les élections pour accéder au pouvoir. nous n’irons pas aux législatives à n’importe quelle condition.

 

Quelles sont ces conditions ?

 

La situation de crise qui prévaut en Côte d’Ivoire est la faute de Youssouf bakayoko. Il a été confirmé dans ses fonctions. Est-ce une logique ? Les mouvements rebelles ont des représentants dans la Commission. Ce qui veut dire que le pays n’est pas encore unifié. Donc, on nous ment. Il y a trente un membres dans la Commission. Pendant que nous étions au pouvoir, l’opposition était majoritaire. Tout le monde le sait. On ne le dit pas parce que nous sommes dans l’opposition. nous ne demandons pas la majorité. Néanmoins, notre minorité doit être raisonnable. A savoir : Sur les trente un membres qu’on nous donne quinze membres. Voilà l’une des conditions

pour que nous puissions aller aux élections législatives. En plus, on nous parle d’une liste qui doit être prise, on ne sait où pour l’ajouter la liste définitive. D’où vient cette liste ? Qui sont sur cette liste ? Est- qu’on nous permet d’avoir un regard sur cette liste ? On ne peut pas l’accepter.

 

Que ferez-vous dans les prochains jours ?

 

Nous continuerons les meetings. Nous allons faire bouger les choses. nous avons donné le ton à Koumassi. Nous invitons les militants de la majorité présidentielle à reprendre la lutte. Parce qu’on ne peut vouloir aller au paradis sans accepter de mourir. Et cela dans les normes légales. Nous disons aux uns et aux autres que la majorité présidentielle n’est pas morte. Nous ne nous laisserons plus. Nous avons vaincu la peur. C’est du passé. Nous saisissons cette occasion pour demander à nos camarades qui sont en prison de tenir bon. Nous sommes convaincus que demain ils seront libérés. Si Alassane ne libère pas, ça veut dire qu’il ne veut pas du retour de la paix en Côte d’Ivoire. Nous profitions également pour remercier tous les militants qui ont fait nombreux le déplacement. Que Dieu veille sur nos camarades qui sont en prison et en exil. Ainsi que ceux qui sont en liberté.

 

 

Interview réalisée par : Yacouba Gbané (Le Temps du 09/09/11)

 

Publié dans Actualités politiques

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