LES FRCI OU LA FIN DU CARACTERE REPUBLICAIN DE L’ARMEE NATIONALE : LES DESSOUS DE SA HAINE CONTRE LA GENDARMERIE

Publié le par thruthway

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Dans la journée du lundi dernier 21 novembre 2010, des amis prennent un repas dans les environs de la caserne de l’escadron 1/1 d’Agban. Soudain, une détonation. On pense que c’est un pneu qui a éclaté en pleine circulation. Mais quelques temps après, une odeur acre de gaz lacrymogène emplit l’air ambiant. Aussitôt, le bruit court. «Certainement des grabuges à Agban, encore», murmure-ton. Dans les heures qui suivent, la rumeur enflera de façon particulière sur cet dont la nature et l’origine resteront un mystère. Incident qu’aucune source officielle ne confirmera ni ne démentira. Mais les Ivoiriens n’ont pas tort de suspecter le moindre bruit qui vient de cette caserne mythique.

 

 

En effet, la seule évocation du nom Agban fait trembler le pouvoir car il réveille l’inimitié qui règne entre Ouattara et la maréchaussée, la haine que le pouvoir voue à ce corps d’élite que le régime en place veut réduire à néant. Le mois dernier, après les échanges de tirs qui ont duré tout un week-end à l’Escadron 1/1, un des relais médiatiques du nouvel occupant du palais d’Abidjan titrait : «200 kalachnikov saisies à Agban». Le comble…En voulant ridiculiser la gendarmerie, les hommes en place se ridiculisent eux-mêmes. Comment peut-on parler de «saisie» d’armes dans un camp militaire où les troupes sont armées et qui dispose d’une poudrière ? A moins que le port d’armes soit interdit, voire un délit, pour les gendarmes de Côte d’Ivoire.

 

 

En fait, inutile de chercher des réponses. Ce «lapsus» regrettable de la part d’un confrère pourtant respecté traduit le malaise qui enveloppe les difficiles relations entre Ouattara et la gendarmerie nationale. Relations qui se sont même dégradées avec le dernier fait en date, l’arrestation du commandant Séka Séka frappé d’un péché impardonnable aux yeux de Ouattara et l’humiliation publique qui lui a été infligée par le pouvoir.

 

 

Des humiliations pour se venger d’un corps

 

 

Il a été l’aide de camp de la Première dame Simone Ehivet Gbagbo aujourd’hui détenue avec son époux et ses proches dans les camps de concentration érigés au Nord du pays sous la surveillance de la rébellion armée pour recevoir les prisonniers politiques, après l’installation désastreuse de Ouattara au pouvoir, le lundi noir du 11 avril 2010 qui marqua un coup d’arrêt à la démocratie et au respect des libertés et des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire.

 

 

Revenu d’exil dans des conditions non encore élucidées, cet officier de l’armé ivoirienne a été arrêté et exhibé en petite culotte, car on voulait l’anéantir psychologiquement. Tout comme Laurent Gbagbo a été humilié sur France 24 lors de son arrestation, selon le reportage de cette même chaîne de télévision. La haine que Ouattara dirige contre le président Gbagbo est à la mesure de la haine qu’il témoigne à la gendarmerie. Cette attitude s’est exprimée dans le traitement médiatique qui a été fait du départ du commandant Jean Noël Abéhi pour une destination inconnue. Le pouvoir ayant mis sa tête à prix, parce que, en soldat valeureux, il a osé regarder les hommes du pouvoir dans les yeux pour leur dire que la gendarmerie est un corps Républicain au service de la république et qu’elle n’a pas à se «rallier» à un individu, fut-il installé au pouvoir de la façon que l’on sait. La presse française, Rfi en tête, et les médias du pouvoir parlèrent de sa «fuite» en des termes déshumanisants, après l’avoir traité de «putschiste». Un mot dont on connaît pourtant les «origines» en Côte d’Ivoire. On le dit en «cavale», avec des commentaires animalisants qui annoncèrent sa «capture» pour bientôt, tout en expliquant comment, à l’instar du gibier que l’on rabat, il était «pisté». L’objectif d’une telle approche étant de montrer que les gendarmes ne sont pas les soldats courageux que la population a tant admirés. Il n’était donc pas fortuit de présenter l’un de leurs chefs les plus respectés et les plus écoutés comme un homme en «déroute» qui a «détalé».

 

 

Le champ lexical de l’humiliation est vaste. Dans leur mépris, les tenants du pouvoir ont sans doute eu la mémoire courte. Ils ont certainement oublié qu’en termes de «déroute», France 24, dans les heures chaudes de l’attaque contre le palais présidentiel en avril 2011, avait annoncé «l’échec des Forces pro Ouattara qui ont échoué dans leur offensive et qui sont en train de se replier». Guillaume Soro, à la tête de ces forces pro-Ouattara, interrogé sur le temps que la rébellion comptait mettre pour donner l’assaut final, balbutia à la face du monde, peu avant l’intervention des forces françaises… Ce rappel n’est pas de trop ici. Il soulève un autre aspect des choses. Le «complexe Frci» de Ouattara. On voudrait bien présenter la rébellion déguisée comme une force plus valeureuse que la gendarmerie.

 

 

N’a-t-on pas monté une campagne médiatique pour insister sur la façon dont le «commando invisible» de Ouattara a tenu en échec les gendarmes à Abobo, lors de la guérilla urbaine qui a suivi la crise poste électorale. Alors qu’en fait, derrière ce «commando invisible» se cachaient, sans exception, toutes les forces réunies dans le complot contre le Président Gbagbo. Les dozos, ces chasseurs traditionnels recrutés au Nord du pays par la rébellion n’ont-ils pas été fêtés par les seins comme des gens aux pouvoirs mystiques capables de mettre en déroute toute la gendarmerie de Côte d’Ivoire ? On sait pourtant que lors des combats, ils ne sont jamais sortis des broussailles où on les avait entassés dans le faubourg d’Abobo, avec leurs gris-gris et autres colifichets. La haine peut parfois prendre une tournure faite du folklore venu du Nord et des légendes ancestrales d’une certaine contrée natale. Des images exotiques bien dérisoires à côté des canons de la Force Licorne qui ont fait la décision.

 

 

En fait, Ouattara voulait supplanter l’image et la notoriété de la gendarmerie par la sulfureuse et négative réputation des Frci qui ont pour étiquette : les exactions. Surtout que le curieux mélange de forces régulières et de rebelles au sein de la gendarmerie (tout comme à la police) ne fonctionne pas. Mais il a souffert de ce que l’image des Frci n’est jamais passée auprès de la population qui a rejeté cette «mauvaise compagnie» et réclamé la réhabilitation des forces régulières conduites par la gendarmerie. Cette appellation que Ouattara ne supporte pas.

 

 

Démantèlement des unités d’élite, nominations et affectation ciblées

 

 

Il l’a bien montré en arrêtant et inculpant le Général Guiai bi Poin de crimes économiques. Après avoir réussi à mettre le général Kassaraté Edouard (et l’ex-Cema, le générale Mangou) dans la posture d’homme qui, d’après certaines rumeurs, a été «acheté». On soupçonne que ce n’est pas un hasard si les deux hommes n’ont pas été arrêtés… Y a-t–il plus grand déshonneur pour un officier respecté que d’être perçu, même sans aucune preuve, comme un «vendu», un homme à la «moralité douteuse»?

 

 

Si le général Guiai bi Poin est allé grossir le lot des gendarmes placés en détention, Kassaraté, lui, a été viré du commandement supérieur de la gendarmerie (en même temps que le général Mangou). Et le mal est si profond qu’il semble que pour Ouattara, la gendarmerie nationale devrait même disparaître. Si seulement il avait une baguette magique pour le faire ! Son drame, c’est qu’il lui faut faire avec ces soldats qu’il considère, jusqu’à ce jour, comme une force qui est restée favorable à Laurent Gbagbo. A défaut de faire tableras de ce corps, le régime travaille activement à le dénaturer en le distordant pour l’affaiblir et le «soumettre» définitivement.

 

 

Le premier axe de la stratégie mise en place fut le démantèlement des unités d’élite, suivi de la traque des chefs charismatiques et des éléments jugés «dangereux». Le fallacieux prétexte était tout trouvé. «Le général Guiai Bi Poin et la commandant Abéhi veulent faire un coup d’Etat contre Ouattara avec la gendarmerie», avait hurlé un chef de guerre qu’on dit plus proche de Ouattara que de Soro. Plusieurs centaines d’éléments sont arrêtés et emprisonnés pour «atteinte à la sûreté de l’Etat» sans la moindre preuve. Sans compter ceux qui ont pris le chemin de l’exil avec leurs chefs et les officiers qui ont dû fuir pour se mettre à l’abri. Ou ceux qui ont été assassinés, exécutés sommairement à l’insu de tous et dont les familles n’ont toujours pas de nouvelles. Dans un moment de manque de lucidité, certains sont même allés jusqu’à attribuer la «tutelle» du supposé coup d’Etat en préparation au Front populaire ivoirien (Fpi) ! Un cadre du Rdr, qui ne maîtrisait plus ses nerfs, a lancé que : «Si Ouattara refuse de financer les partis politiques comme le faisait le président Laurent Gbagbo, c’est parce que le Fpi est capable d’aller acheter des armes avec cet argent pour les gendarmes, dans le but de faire un coup d’Etat. On ne sait jamais». L’homme n’était pas loin d’insinuer que c’est le Fpi qui contrôle la gendarmerie demeurée, selon lui, «trop proche de Gbagbo». Amalgame, confusion mentale et aberration. On ne trouve plus les mots pour décrire la fébrilité du pouvoir Ouattara face à la gendarmerie.

 

 

Mais le profil psychologique des accusateurs nous permet de comprendre qu’autant le Rdr parraine les rebelles devenus forces pro-Ouattara puis Frci, autant il leur est loisible d’imaginer que le Fpi s’inscrira aussi dans une logique de putsch en parrainant des troupes armées. Ce n’est donc pas sans raison que le pouvoir a décidé de décapiter la gendarmerie pour remplacer toute la hiérarchie par des hommes du Rhdp. Dans certains milieux, on ne s’en cache pas. La tête de la gendarmerie a été confiée au général de brigade Kouassi Kouakou.

 

 

“Inculquer l’esprit Frci à la “nouvelle” gendarmerie”

 

 

Mais on dit que ses hommes le trouvent éloigné de leurs préoccupations. Pendant 11 ans, il aurait abandonné le treillis pour se consacrer aux activités politiques de bédié», disent-ils. De ce fait, sa nomination aux dires de tous, ne serait que la récompense de ses activités politiques. Il faut dire que le Rdr, le Pdci et les rebelles des Forces nouvelles se sont «partagé» le sommet de la gendarmerie sur toute l’étendue du territoire. Les hommes de mains de la coalition au pouvoir ont été minutieusement choisis pour diriger les Légions, les Escadrons et les Compagnies, se plaignent les gendarmes en rupture de ban avec le pouvoir. Les écoles de gendarmerie d’Abidjan et de Toroguhé ont été confiées à des hommes dont la mission est de veiller à l’émergence d’une «nouvelle race de gendarmes favorables à Ouattara», dans les années à venir par un endoctrinement bien préparé.  Avec l’assistance de l’Armée française, dit-on.

 

 

D’ailleurs, Ouattara a demandé à l’Onuci de l’aider à construire quatre camps militaires à l’Ouest et au Nord du pays, pour briser l’influence du camp d’Agban sur l’armée ivoirienne. L’idée étant de détruire le symbole républicain que représente la gendarmerie pour lui substituer un esprit proche de la rébellion. L’Onuci a donné son accord et le projet devrait coûter plusieurs milliards de francs Cfa, par ces temps de crise économique accentuée. La preuve que Ouattara est prêt à casser la tirelire de l’Etat pour se préserver de la menace qu’il voit en la gendarmerie, quitte à affamer le peuple. «Il s’agit pour le régime en place de défigurer la gendarmerie pour la remodeler en lui inculquant un esprit Frci», nous a fait remarquer un observateur. Mais la tâche s’avère ardue et le résultat n’est pas garanti. Aussi Ouattara a-t-il toujours besoin de la protection des ses alliés occidentaux.

 

 

La France au secours du dictateur

 

 

Son angoisse et sa peur d’un coup d’Etat qui pourrait, selon lui, venir de la gendarmerie sont telles que le dictateur d’Abidjan a supplié la France de maintenir ses troupes en Côte d’Ivoire, sur la base d’un nouvel accord. Rappelons qu’il en a fait officiellement la demande devant les médias, au cours du point de presse conjoint qu’il a animé avec le Premier ministre français, François Fillon, à Abidjan, en juillet 2011. Ce à quoi la tutelle a répondu que la «La France n’a pas vocation à assurer la sécurité du régime ivoirien». Mais, sans doute était-ce là un langage de sorcier, indéchiffrable pour le profane. Car on sait pourquoi l’Armée française est présente en Côte d’Ivoire et le rôle qu’elle a joué dans le complot contre Laurent Gbagbo. La question, semble-t-il, résidait au niveau des moyens pour maintenir ici ces troupes qui coûtent cher à l’Elysée, au moment où la France traverse une crise économique si aigüe que la réduction des dépenses militaires est à l’ordre du jour, après les campagnes militaires d’Abidjan contre Laurent Gbagbo et de Tripoli contre Mouammar Kadhafi.

 

 

Mais des indiscrétions font état de ce que le pouvoir en place se serait engagé à payer la note, pour maintenir la Licorne, comme une milice sur place. Car, avec les gendarmes dans son dos, Ouattara ne dort que d’un œil. Pour ne pas dire que le sommeil l’a quitté depuis son arrivée au pouvoir dans des conditions que l’on sait. Des mauvaises langues racontent même que si le régime n’avait pas déjà pris en charges le séjour de la Licorne en Côte d’Ivoire, cette force se serait probablement retirée il y a des mois. Mais Ouattara ne peut pas prendre le risque de rester «seul» au milieu de ces gendarmes qu’il hait autant qu’ils lui font peur.

 

 

 

 

K. Kouassi Maurice

 

Source : Le Temps

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Publié dans Actualités politiques

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